Réforme des Universités

Publié le par Benoit PETIT

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REFORME DES UNIVERSITES : NOUS SOMMES INQUIETS, MADAME LA MINISTRE...

 

 

C'est donc Valérie PECRESSE qui sera en charge de mener la réforme des universités voulue par le Président de la République. Autoproclamée « Ministre des Etudiants », sa principale mission sera de faire passer les idées de l'ex-candidat, tout en évitant une trop forte mobilisation des étudiants dans la rue « façon CPE »... Notre nouvelle ministre aime les défis : celui-là est de taille !

 

D'abord parce que la réforme des universités est effectivement une impérieuse obligation pour notre pays, si nous voulons réellement entrer de plein pied dans le 21e siècle. Et ce n'est pas être sarkoziste que de l'affirmer ! Non seulement les locaux d'enseignement et les cités-u sont dans un état déplorable (parfois même insalubres), non seulement les filières proposées sont souvent inadaptées en terme de débouchés professionnels, non seulement encore les conditions matérielles d'études ont vingt ans de retard (utilisation insuffisante des NTIC, difficultés de mobilité, sous-effectif des personnels administratifs et enseignants...), mais surtout la santé étudiante connaît une crise sans précédents, l'accès à la culture est devenue un luxe, les coûts de logement sont hallucinants au regard des budgets étudiants, la recherche universitaire stagne depuis 30 ans...

 

Soyons clairs. La réforme des universités françaises n'est pas un besoin : c'est une urgence !

 

Ensuite (et surtout) parce que les propositions de l'ex-candidat SARKOZY sont, en l'état, purement et simplement inacceptables pour tous ceux qui animent la vie universitaire (étudiants, enseignants et personnels administratifs). Parmi elles, le gouvernement souhaite

 

1°/ Aligner les moyens de l'enseignement supérieur et de la recherche sur ceux de nos concurrents à l'international

 

Voilà le coeur du sujet, c'est incontestable ! Si l'on veut réellement réformer les universités, il va falloir trouver de l'argent... et beaucoup d'argent. Reste à définir comment... qui va payer la note ?

 

Si l'on en croit le site « UMP-législatives », c'est d'abord l'Etat qui devra débloquer 9 milliards d'euros en 5 ans (+ 5 milliards pour le budget du Ministère, et + 4 milliards de plus pour l'effort de recherche). C'est ensuite l'étudiant, qui sera poussé à prendre des crédits (avec caution publique) et à contracter des prêts à taux zéro remboursables une fois entré dans la vie active.... et puis c'est tout.

 

Cette « américanisation » des universités françaises est inquiétante : l'idée même qu'un étudiant soit contraint de s'endetter (même à taux zéro) pour financer ses études supérieures est purement et simplement aberrante, antirépublicaine et inefficace !

 

A partir du moment où l'on considère que l'accès à l'Université est un droit garanti à chacun, il n'est pas envisageable, dans la tradition républicaine française, de conditionner le recours à ce droit à un quelconque effort d'endettement. D'abord parce qu'en France, l'accès à la connaissance n'est pas (et ne doit pas devenir) un coût individuel ; ensuite parce que le niveau prévisible de l'endettement des jeunes générations est déjà suffisamment élevé (pour se loger, pour se déplacer, pour monter des projets, pour fonder une famille, pour s'équiper...) ; enfin parce qu'une telle orientation conduit, comme aux Etats-Unis, à créer des inégalités considérables à la fois entre les universités (qui n'ont pas, dans ce système, les mêmes objectifs de développement, les mêmes besoins de financement, et donc les mêmes droits d'inscription et les mêmes conditions d'études), mais aussi entre les étudiants (puisqu'en dehors des sportifs de haut niveau, les Harvard, Yale, Stanford ou autres MIT sont quasi-exclusivement accessibles à la seule « jeunesse dorée » du pays et du monde).

 

Ceci étant dit, le fait de refuser la solution de l'endettement des étudiants n'implique pas pour autant, l'idée qu'il faut tout attendre de l'Etat, surtout d'un point de vue financier...

 

Si l'on adopte une approche « développement durable » de la réforme des universités (et de leur financement), l'on s'apperçoit très rapidement que d'autres sources de financement sont possibles. En vertu du principe selon lequel chacun contribue en fonction de son empreinte écologique et sociale, de ses capacités propres de financement et du bénéfice réel qu'il retire de la performance des universités, l'on peut avancer les pistes suivantes :

 

a - les entreprises (grandes absentes du programme UMP) doivent aussi (et surtout) contribuer au financement de la réforme : non seulement leur développement propre dépend directement ou indirectement des progrès de la recherche, mais il dépend aussi de la qualité des formations proposées à leurs futurs employés. Ces deux raisons suffisent pour légitimer, au nom de la solidarité nationale et au nom de la responsabilité sociétale, une réforme financière principalement assise sur la contribution des acteurs du marché.

 

b - les étudiants doivent aussi contribuer au financement de la réforme, en payant des droits d'inscription établis individuellement en fonction de différents paramêtres (les besoins de mobilité, l'offre et l'utilisation de modes de transports collectifs, la situation socio-économique, les revenus, l'autonomie financière à l'égard de la famille...) : la gratuité des frais pourra ainsi être garantie aux étudiants les plus précaires ainsi qu'à ceux ayant réduit le plus leur empreinte écologique ; quant aux autres, leur participation financière devra être plafonnée à un niveau raisonnable, qui exclut par principe tout recours à l'endettement

 

c - l'économie sociale doit être promue et intégrée dans le financement de la réforme : l'on pourrait parfaitement imaginer la constitution d'entités privées, fonctionnant sur les principes du secteur mutualiste par exemple, qui permettraient aux étudiants, enseignants et personnels administratifs de proposer (et gérer directement) des services et des produits indispensables à la qualité de la vie universitaire, et dont les bénéfices pourraient être investis dans les universités.

 

 

2° - Réformer la gouvernance des universités

 

C'est une proposition potentiellement à mettre au crédit du projet gouvernemental... à condition de savoir exactement comment cela se traduira, dans les faits. Or, de ce point de vue là, « l'autonomisation » de certaines universités (sur la base du volontariat) est également une proposition inquiétante : s'il s'agit de permettre à certains de moins rémunérer leurs enseignants (et les premières victimes seront les enseignants-doctorants et les maître de conférences, c'est certain), de réduire la participation des étudiants dans la gestion et le processus décisionnel, et/ou de mettre en place la sélection 'à la source' de leurs étudiants, alors non ! Cela est inacceptable !

 

Si en revanche, cela se traduit par des projets pilotes qui renforcent la démocratie participative des étudiants, qui organise un meilleur dialogue avec les parties prenantes de l'université, qui met en place des politiques de « responsabilité sociale et environnementale » à l'égard des personnels administratifs et enseignants.... alors là oui ! C'est audacieux et ca vaut le coup !

 

Malheureusement, les déclarations de campagne penchent davantage vers la première option...

 

 

3° - Réfondre le système d'attribution des bourses

 

Là encore, ce ne sont pas les étudiants qui vont contester l'idée de réformer le système des bourses : profondément inégalitaires, soumises à de nombreux abus, et fondamentalement insuffisantes pour garantir aux étudiants un pouvoir d'achat convenable, les bourses ne correspondent plus à rien depuis longtemps.

 

Mais réformer pour détruire un acquis social, c'est à l'évidence moins acceptable que de maintenir le système actuel.

 

Objectivement, les propositions formulées semblent aller dans le bon sens : ouvrir les bourses aux classes moyennes, garantir un versement au premier jour de la rentrée, multiplier les bourses au mérite... très bien ! L'on se souviendra juste que ces orientations ne sont pas nouvelles dans les discours des ministres compétents (de droite comme de gauche), et qu'elles se sont systématiquement traduites par.... du vent ! L'on jugera donc Mme PECRESSE sur les actes.

 

Mais fondamentalement, les vrais problèmes des bourses ont été complêtement évacués : les moyens d'abord (surtout si l'on augmente le champ des bénéficiaires, combien est prêt à mettre le gouvernement pour donner à tous les étudiants boursiers un niveau de revenus acceptable), les mécanismes de contrôles ensuite, et les droits et services découlant de la qualité de boursier (logement en cité-u, aide à la mobilité, exonérations et réductions...).

 

 

 

Sur ces trois points particuliers, il est impératif de rester vigilents... l'Université républicaine est en question.

 

Afin de rester le plus objectif possible, citons quand-même les propositions positives : la première année d'enseignement généraliste pour favoriser l'orientation et l'acquisition d'une méthodologie adaptée aux études supérieures, développer les formations pluridisciplinaires, défiscaliser les revenus étudiants, ouvrir les bibliothèques universitaires 7j/7j (on aurait aussi aimé 24h/24h... mais bon, l'on peut toujours rêver), concentrer l'effort de la recherche sur l'écologie, les biotechnologie et les nanotechnologies (reste à savoir de quelle manière, et selon quelles orientations... c'est le plus important)... 



Les prochains mois vont donc etre décisifs pour l'avenir de nos universités... il va falloir se mobiliser malgré les vancances d'été, beaucoup discuter, et obtenir de notre nouvelle Ministre qu'elle prenne du recul par rapport au projet présenté par Nicolas SARKOZY lors de la campagne. Il va lui falloir aussi ne pas céder aux pressions de certains députés et sénateurs de la majorité (qui rêvent de transposer le système américain en France) et faire preuve d'une grande capacité d'écoute à l'égard des étudiants et de leurs structures associatives. 

Surtout, pour tous ceux, etudiants, enseignants, personnels administratifs, qui se sentent concernés par la réforme des universités et le développement durable, il va falloir proposer une nouvelle manière d'envisager les enjeux, et être vigilants quant aux orientations qualitatives de la réforme.... c'est maintenant que les choses se jouent. 

Espérons que Mme PECRESSE saura être une vraie "Ministre des Etudiants"... pour l'instant, force est de constater que c'est loin d'être gagné !


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Archives

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Leon 21/05/2007 11:52

Excellente analyse, ca change !