Droit du Travail : le MEDEF charge

Publié le par Benoit PETIT

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MEDEF : LAURENCE PARISOT NOUS VEND LA REGRESSION SOCIALE COMME UN REVE ENCHANTEUR

 

D'après l'nterview très instructive de Laurence PARISOT publiée dans « Le courrier des cadres » de juin 2007.

 

Que pense le MEDEF du droit du travail ? Les mauvaises langues diront « rien du tout » : elles se trompent totalement. Croyez-moi que lorsque la Présidente du MEDEF rencontre le Président de la République, elle a des messages à faire passer... et on a tout lieu de s'inquiéter si ces deux-là tombent d'accord.

 

Quelque part, la musique est toujours la même au MEDEF : pour lutter contre le chômage, il faut une croissance dynamique (pardon « tonique »), et pour obtenir cela, il faut réorienter fondamentalement le droit du travail. Exactement le même air depuis l'époque du Baron... sauf que désormais, ce ne sont plus les orchestres de salon qui le jouent, mais carrément la fanfare ! A un moment donné, ca va finir par réveiller l'Elysée...

 

« Au fil des ans, nous avons conçu une réglementation si protectrice qu'elle ne protège que ceux qui sont en poste, au lieu de bénéficier à ceux qui en ont le plus besoin : certains jeunes en difficulté et l'ensemble des chômeurs. Si notre droit du travail gagne en souplesse, l'économie sera plus dynamique et on créera plus facilement des emplois. »

 

Ben voyons ! L'on devrait moins protéger ceux qui ont un emploi, tout en mettant les jeunes et les chomeurs au boulot... ca a le mérite d'être clair : pour le MEDEF, le droit du travail est un énorme 'boulet'. Pour retrouver la croissance, il faudrait pouvoir licencier et embaucher sans contraintes ; l'emploi doit être très peu couteux (politique salariale faible et allègements des charges patronales), et facilement jetable (instabilité de l'emploi).

 

« Pour dynamiser le marché du travail, nous recommandons la création d'un CDI plus souple, conforme aux besoins de l'économie actuelle. A mi-chemin entre un CDI et un CDD, il intégrerait une clause de rupture automatique liée à la réalisation de la mission et connue à l'avance par les deux parties. La rupture du contrat ouvrirait le droit aux indemnités de chômage, comme pour un licenciement classique ».

 

D'accord, le système des « CDD & autres contrats précaires » est une catastrophe. C'est vrai aussi que les contrats de mission apportent un plus par rapport aux CDD, parce qu'ils permettent de s'émanciper de la limitation de durée qui est complètement inadaptée aux réalités économiques. Lorsque les entreprises (surtout les PME/PMI) ont besoin de quelqu'un juste pour une mission de 4 ans, c'est absurde de leur imposer une relation contractuelle indéterminée (qu'ils seront de toute manière obligés de rompre par la voie d'un licenciement, et donc d'un coût). L'on peut évidemment objecter que les entreprises ont le temps de provisionner ce coût prévisible (et on fait quoi quand elles n'ont pas les moyens de le faire ?), mais au fond, ca reste quand même un vaste bordel qu'on peut et dois éviter.

 

Ce qui est profondément génant dans le projet du MEDEF, c'est l'idée de supprimer le CDI actuel pour se contenter des contrats de mission. Parce qu'elle suppose, dans leur esprit, une régression du niveau de protection garantie à la grande majorité des salariés. « A mi-chemin », je ne l'invente pas.

 

Soutenir la généralisation des contrats de mission, pourquoi pas ! Mais à condition que l'on n'en profite pas pour précariser les salariés. La force du CDI actuel, c'est de contraindre les entreprises à justifier le motif de rupture, et ainsi permettre aux salariés de contester ce motif en Justice. Le contrat de mission ne bouleverse pas le CDI actuel sur ce point, puisque la clause de rupture automatique implique que le motif est connu d'avance, et accepté comme inévitable par les parties dès le début. Alors que veux dire ce « A mi-chemin », si ce n'est qu'il faut également faire sauter l'obligation de justification ? Ou alors s'agit-il de baisser le plus possible les indemnités versées en cas de rupture injustifiée ou justifiée ? Ou les deux en même temps ? Le « pack MEDEF » en quelques sortes...

 

« La création de richesses est pour moi le seul moyen de résorber les poches de pauvreté et de redonner aux classes moyennes du pouvoir d'achat... et des raisons d'espérer ».

 

J'en arrive à détester cette notion « d'espérance ». Tout le monde a ce mot là à la bouche, en ce moment : le Président de la République, ses ouailles UMP, les économistes néo-classiques, le pape Benoit XVI, Georges W. Bush, même Arthur de TF1 !! Mais nous, on en a marre d'espérer : on ne fait que ca depuis 30 ans, et on accumule les déceptions. A force de se prendre des claques, nous avons fini par comprendre que plus nous basculions dans le rêve (que les médias prennent bien soin d'organiser, façon Club Med... ou Matrix), moins nous étions attentifs à la déconstruction de nos droits. « La misère est moins pénible au soleil »... surtout au soleil imaginaire.

 

En tout cas, le MEDEF, lui, ne se contente pas d'espérer en matière de protection des très grands patrons... il attaque !

 

« (...) si on reversait collectivement les rémunérations des dirigeants des entreprises du CAC 40, le salaire de chacun augmenterait seulement de 0,4%, mais le risque de voir nos talents quitter la France serait considérable »

 

Tiens, Laurence PARISOT aurait-elle engagée Laetitia HALLYDAY comme conseillère en communication ? Je suis désolé, mais au-delà d'un certain niveau de revenus, le surplus de salaire n'a plus aucune valeur réelle, ou très peu (sauf pour les marchés de luxe, gérés par et pour un mini club de gens). Et en tout état de cause, aucun sens sociétal. C'est une injure aux personnes qui vivent dans la précarité (de plus en plus nombreuses) que de faire ce chantage aux fuites des fortunes. Ma foi ! S'ils sont si peu républicains et humains, qu'ils s'en aillent... peut être qu'on arrivera enfin a imposer un peu plus d'éthique dans notre pays. Des entrepreneurs talentueux, socialement responsables et non démeusurément riches, nous en avons beaucoup en réserve !!

 

Ce qui est terrible, dans cette France de 2007, c'est que dès lors qu'une nécessité de réforme apparaît (et parfois dans l'urgence), c'est toujours la voix des extrêmes que l'on entend. Il faut réformer le droit du travail ? Nous n'entendons que le discours de la gauche anti-libérale (« Non ! Pas question... supprimons les licenciements économiques plutôt »), ou celui des libéraux néoclassiques (« Génial ! On casse tout, et on remplace par rien »). Basta ! On peut aussi faire ça de manière intelligente !

 

A la base du droit du travail, il y a un contrat. Ce contrat doit comporter une base de protection commune à tous les salariés, et des clauses qui viennent personnaliser la relation contractuelle à la fois au niveau de son organisation et des droits qu'il apporte. Toute la question est de délimiter ce socle de protection commune : quel degré de stabilité voulons nous garantir à la relation ? Quelles solidarités voulons nous instaurer à l'égard de ceux qui perdent leur emploi ?

 

Mais plus globalement : quelle approche notre société doit-elle adopter à l'égard de la vie professionnelle de ses membres ? Il y a ceux qui, comme le MEDEF ou l'UMP, considèrent que la question renvoie à une problématique purement quantitative (la baisse statistique du chômage, la multiplication des emplois flexibles, et la relance de la croissance économique) ; il y a ceux aussi, comme la LCR et une partie du PS, qui pensent que le problème est exclusivement qualitatif (la sécurité absolue de l'emploi, l'inondation des droits sociaux, l'effondrement du capitalisme au profit du collectivisme) ; il y a ceux encore qui, comme l'autre partie du PS, ne pensent pas grand chose de tout ca ;

 

Enfin il y a ceux qui, comme CAP 21 et le MoDem, affirment que le problème est à la fois quantitatif et qualitatif, qu'il y a un juste équilibre à trouver, et qu'avec du bon sens et du dialogue sociétal, cela se fait très bien. Au lieu de se focaliser, pardon s'obnubiler sur les modèles sociaux anglo-saxons (qui ont une économie qui marche bien, mais un social en lambeaux), nous devrions pluôt tourner notre regard vers nos partenaires européens qui ont une économie qui marche bien, et un social efficace.

 

Mais ça, on ne le peut pas... il faut travailler plus, pour gagner plus ; il faut accepter une régression de nos droits sociaux au nom du patriotisme économique ; il faudra prendre un deuxieme boulot pour payer nos crédits à la consommation... et surtout, hier, comme aujourd'hui et comme demain, il nous faut ESPERER...

 

 

 

 

 

Publié dans Archives

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Eugène 31/05/2007 10:33

Benoît,

Ton article d'aujourd'hui montre très bien et indirectement tout autre chose: la refondation de l'écologie politique passera par une refondation de la politique elle-même. Et ce dernier point ne peut se résoudre sans une connaissance approfondie de ce qu'est l'homme lui-même.

Tout détenteur d'un capital quelconque, aussi bien financier, patrimonial ou culturel a une responsabilité inéliminable vis à vis de ses contemporains, des générations futures et de la nature. Ce point n'est pas négociable.

Les risques d'abus (ab-jus) dans l'usage de leur part de ce capital renvoie lui à un autre point pas plus négociable: l'humanité ne va bientôt plus pouvoir accepter de confier un pouvoir quelconque sur autrui à ceux qui n'en disposent pas sur eux-mêmes (auctoritas). Ce qui renvoie à la question: qui paticipe au 'demos'? (question vertigineuse!)

Eugène (Cap 21, pour info)