Autonomie des Universités : se poser les bonnes questions...

Publié le par Benoit PETIT

Une fois n'est pas coutume, la contestation étudiante organisée un peu partout en France - notamment a Aix - se pose les mauvaises questions... et donc, trouvent de mauvaises solutions (en l'espèce le blocage).

Mettons de coté la dimension purement politique du conflit - qui est pourtant fondamentale, hélas - et concentrons nous un instant sur le problème global de l'avenir des universités.

Le constat, nous le partageons tous : les étudiants sont de plus en plus pauvres, les labos de recherche aussi, les débouchés sont confus (et parfois meme obstrués) etc.. etc... Tous ceux qui vivent la vie universitaire au quotidien sommes tous d'accord là dessus : il faut tout remettre à plat.

Mais pour faire quoi d'autre à la place ? Selon quels objectifs ? Avec quels moyens ?



D'abord, première exigence : les Universités de demain doivent etre conçues dans un esprit de développement durable. Il y a des normes internationales, des politiques européennes et meme des lois françaises qui imposent cet effort... il serait temps de les appliquer dans le monde universitaire.

Les Universités doivent donc engager des politiques de "responsabilité sociétale", de gestion écologique de l'énergie, d' éco-mobilité des étudiants et des personnels... Les constructions des batiments doivent faire appel aux nouvelles technologies de l'environnement, le processus décisionnel doit etre repensé dans ses logiques démocratiques, les informations doivent etre accessibles de manière transparente... la liste est longue des implications de telles démarches.



Deuxième exigence, chacun doit contribuer au développement (notamment financier) des Universités en fonction d'un double principe : chacun contribue à hauteur de ce qu'il reçoit, et chacun contribue équitablement en fonction de ses capacités financières.

A partir du moment ou l'activité des universités profite directement ou indirectement à un tiers, il est normal que ce dernier apporte en retour, sa pierre au financement. Cela inclut les étudiants - qui gagnent en compétences - mais aussi les institutions publiques - qui gagnent en expertise - et les entreprises - qui gagnent en terme de qualité salariale et de R&D. Ainsi, il n'est pas plus "juste" de réclamer la gratuité des universités pour les étudiants, que de s'opposer à un financement par la sphère privée. L'Université, c'est la République, et la République, c'est tout le monde. Chacun  doit y trouver de quoi progresser, et tous devons participer à son développement.

La question n'est donc pas qui doit financer le système, mais à quelle hauteur chacun doit le faire ? Or de ce point de vue, l'idée de l'endettement étudiante est inadmissible, malgré ce qu'en disaient à l'époque les parlementaires UMP, le candidat Sarkozy et les premières communications du Ministre Pécresse. Les surplus de fonds à trouver pour financer le développement des universités se trouvent dans la poche des pouvoirs publics et des entreprises, et non dans celle des étudiants. Sauf à vouloir aggraver la crise du pouvoir d'achat et la précarité, il convient d'etre vigilents sur ce point. Mais pour l'instant, rien n'indique clairement que c'est vers cette option que nous nous orientons... comprenons : c'est en discussion.

Il faut donc réinventer les règles de contributions, pour les individualiser autant que possible. Pourquoi ne pas établir des critères objectifs, fondés sur la réalité des situations économiques, sociales et environnementales de chacun, qui permettrait plus de justice ?



Troisième exigence, stimuler la recherche universitaire, en particulier sur les problématiques liées aux enjeux du développement durable (environnement, santé, social, éthique, régulation des marchés, climat...). Car on aurait tendence à l'oublier, mais c'est essentiellement pour cette raison que l'autonomie des universités est nécessaire.
Nous avons besoin de repenser le statut des doctorants-chercheurs et de doter les laboratoires de recherche de fonds suffisant pour qu'ils constituent des équipes motivées et qu'ils utilisent les techniques les plus en pointe dans leur domaine. Pourquoi certaines organisations étudiantes refusent elles systématiquement d'écouter les doctorants chercheurs, comme si nous étions passés "du coté obscure de la Force" ??



La loi Pécresse est imparfaite, et ne répond pas précisemment à toutes ces exigences. Mais elle n'est que la première étape d'un long processus de réforme et d'évolution, et beaucoup de sujets fondamentaux restent en discussion. En nous basant sur ce que l'OCDE, l'Europe, l'ONU et meme la loi française a produit en matière de développement durable, nous avons les moyens de changer nos universités.

Si ca marche partout dans le monde, pourquoi pas chez nous ? Il suffit simplement de se poser les bonnes questions....





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