La République comme à la récré... de l'agriculture

Publié le par Benoit PETIT




« Touches-moi pas, tu me salis ! »... « casses toi, pauvre con ! »...


Admettons-le, de bonne-foi. Nicolas Sarkozy a déjà tenu au moins une de ses promesses : il nous avait prédit la « rupture »... et ben voilà, nous y sommes, en plein dedans ! Fini le temps des papys-présidents qui fignolaient les formules et écrivaient des bouquins. Place au président « bling-bling » qui s'engrène et qui se confronte dans la violence verbale.


L'évènement sarko-médiatique montre que la crise du/de la politique vient de franchir un nouveau cap : celui de la désacralisation du symbole présidentiel, dans un contexte de division nationale. Car la web-vidéo ne montre rien d'autre que le rejet « épidermique » réciproque exprimé par un Français à l'encontre de celui qui incarne la République, et inversement.


Comment en est-on arrivé là ?


Du temps de De Gaulle, de Mittérand ou encore de Chirac, le gouvernement était avant tout conçu comme un fusible, chargé d'absorber les crises passionnelles entre le Peuple et le pouvoir, et devant « sauter » lorsque les tensions dépassaient l'acceptable. Ce faisant, la Présidence de la République pouvait prendre de la hauteur, était crédible dans ses missions de rassembleur national et d'arbitre institutionnel, et conférait à la République une image respectée par l'opinion.

Le « sarkozysme » bouleverse la donne. Le Président communique directement sur tous les enjeux, au moment précis où ils se posent dans le débat national. Il envoie ses conseillers expliquer les réformes à la place des ministres (lesquels, eux, sont notés comme des petits CM2). Il provoque le Conseil constitutionnel lorsque ce dernier lui donne tors (meme sur une toute petite partie de rien du tout)... il provoque meme les Français, je l'invente pas !

Du coup, y a plus de fusible. La Présidence entre dans un rapport passionnel direct avec les Français, et suscite l'adhésion aveugle aussi facilement que la répulsion épidermique. Les opposants et les déçus sont alors distingués des fans (pour le coup, le « casses-toi » est carrément stigmatisant), tout ce petit monde se déchirant dans l'affect, autour de la représentation la plus directe de la République.

Alors si l'on prend en plus en compte la personnalité du Président – hyper-actif, hyper-communicatif, hyper-sensible (si, si, cf. « Voici » ou « Match »), hyper-réactif – l'on aboutit à... toujours plus de crise du/de la politique ! CQFD...

Attention toutefois à ce que le climat conflictuel n'évolue pas vers un climat de guerre-civile (je précise bien : « un climat » de guerre civile :). L'improbable est souvent à porté de main. Qui aurait pensé un an en arrière qu'un Président oserait dire à un concitoyen : « pauvre con » ?


Décidément, entre la montée des conservatismes (cf. précédent post), et la progression de comportements publics agressifs, on est bien contents d'avoir la rupture. Vivement le rapprochement avec le Vatican, la dépénalisation du droit des affaires, une éventuelle autre visite de Khadafi, l'avènement du fiston à Neuilly... et la prochaine sarko-info ! La République est en bonne santé, c'est tout à fait évident !


Alors svp... pour les municipales :


Méfions-nous des candidat(e)s qui ont le verbe facile. Qui n'ont pas la retenue suffisante pour exercer des arbitrages. Qui placent n'importe quelle inepsie dans un échange au-tac-au-tac avec la presse ou la population. Qui sortent de leurs gonds lorsqu'ils ou elles sont contredit(e)s.


Un indice... allez voir du coté de la Rotonde, en dessous de la grande banderole où l'on peut lire, entre autres : « Nicolas Sarkozy ».


PS : Ne pas confondre "sarkozisme" et "droite". Un style n'a jamais été un courant de pensée, de sorte qu'il existe des sarkozistes de gauche, et des gens de droite non-sarkoziste... les apparences sont trompeuses (ca c'est sarkoziste lol)

 

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Julien 28/02/2008 19:18

A Paris, on colle sur toutes les affiches de l'UMP un "casse toi, pauvre con"... ceci dit, la situation n'est pas pire qu'au lendemain du TCE ou du CPE... à la différence près qu'on est en début de mandat !
Quand est ce que tu montes a paname?

Maxime 27/02/2008 15:51

Tu as raison, du fait que la présidence soit en relation directe avec le peuple par une communication hyperactive, le président occupe le rôle qui était celui du premier ministre avant. Le président ne peut donc être que fragiliser de cette exposition.
La responsabilité du président devant le peuple n'existant pas juridiquement alors que sa méforme actuelle est du à d'importantes difficultés de reformer le pays il ya un décalage entre les textes et les faits.

Mme J n'a certainement pas le talent de Mr Sarkozy, rien à voir... Mais il est fort vrai que Mme J cumule les dérapages verbaux