Retraites : l'autisme gouvernemental n'est pas une solution !

Publié le par Benoit PETIT




(crédit photo : agence SIPA)


Et voila que l'on reparle des retraites... prévu par la loi Fillon de 2003, ce nouveau rendez-vous ressemble davantage à un "speed-dating" social qu'un vrai dialogue constructif. Le gouvernement consulte de manière purement formelle, parce qu'il est bien obligé de le faire... mais au final, il fera bien ce qu'il a décidé de faire, tout seul comme un grand. D'ailleurs, Xavier BERTRAND l'a déja plus ou moins dit : il y aura peut etre un projet de loi dans l'été, mais rien n'exclut le recours à la voie réglementaire... pas de démocratie sociale, et sans doute pas de démocratie parlementaire ; sur un dossier aussi sensible que celui des retraites, chacun appréciera la "méthode" gouvernementale !

De quoi est-il question, concrètement ? La loi Fillon de 2003 fixait plusieurs thèmes à ce rendez-vous : les conditions de l’équilibre financier, la revalorisation des pensions et des petites retraites, le bilan du dispositif "carrières longues".... et surtout, l’allongement de la durée de cotisation à 41 ans moyennant certaines conditions.



Pour le gouvernement, les choses sont claires : nul besoin de réouvrir les débats sur ces questions puisque tout a été réglé en 2003 ; la seule chose qu'il convient de faire, c'est assurer techniquement la poursuite des orientations décidées à l'époque. Pas question de pratiquer la "rupture" sur le sujet de la retraites ! Les Français vont devoir travailler plus... pour gagner autant (ou moins...).

A l'extreme limite, la position gouvernementale serait compréhensible si le bilan de la période 2003-2008 était positif. A moins d'etre sacrément dogmatique, personne ne peut raisonnablement penser revenir en arrière sur une dynamique efficace et productive.



Seulement voila : la loi Fillon ne marche pas ! Sur la base du 5e rapport du Conseil d'Orientation des Retraites (rapport de novembre 2007 publié dans la perspective du rendez-vous de 2008), les chiffres sont clairs :

1 - Sur l'emploi des séniors : le taux d'emploi des 55-64 ans est préoccupant, plafonnant à 37,8% alors que l'objectif pour 2010 est fixé à 50%, et que la moyenne européenne en 2005 était de 42,5%. Le COR note, du reste, que le durcissement de la législation sur les préretraites a conduit au développement des licenciements pour motifs personnels des séniors (avec transaction).

2 - Sur le niveau de vie des retraités : par rapport aux actifs, et sans prendre en considération les revenus du patrimoine, le niveau de vie des retraités est inférieur d'environ 15%.

Quant au minimum vieillesse, son montant pour une personne seule reste inférieur au seuil de pauvreté. Pour information, le seuil relatif de pauvreté en France pour une personne seule est de 681 euros (chiffre donné pour l'année 2005) ; le minimum vieillesse, pour sa part, est à 621 euros (chiffre pour 2007).

3 - Sur la situation financière des régimes de retraite : Le COR note que les comptes de la branche vieillesse, notamment dans le Régime général, sont plus dégradés que prévu. Si le déficit de la Caisse nationale d'assurance veillesse (CNAV) s'est maintenu aux alentours de 2 milliards d'euros en 2005 et 2006, il devrait se creuser pour atteindre 5,7 milliards d'euros en 2008. Les causes sont relativement simples : surestimation de la masse des cotisations, sous-estimation de la masse des pensions et inefficacité du mécanisme de surcote.

Quant à la situation financière des régimes de retraite complémentaire obligatoire (AGIRC et ARRCO), c'est guère plus rassurant...

Etc., etc., etc.,.... les mauvaises nouvelles s'enchainent tout au long du rapport.



Alors, peut-on raisonnablement considérer avec le gouvernement, qu'il n'y a pas lieu de réouvrir les débats quant aux orientations prises par la loi Fillon de 2003 en matière de retraite ? Meme les syndicats qui avaient soutenu la loi à l'époque (notamment la CFDT) sont revenus sur leurs positions !

Clairement, l'allongement de la durée de cotisation n'est pas crédible tant que nous n'aurons pas assuré, au préalable, le relèvement du taux d'emploi des séniors. Car à l'évidence, la mesure ne garantira pas une rentrée suffisante de cotisations (puisque les séniors qui se rapprochent de l'age du taux plein ne seront pas en situation d'emploi, pour la plupart).
Et puis, avant de penser à allonger la durée de cotisation, ne faudrait-il pas s'attacher en priorité à relever le minimum vieillesse et à revaloriser les petites retraites ? Car sinon, quelles perspectives donnons nous aux efforts que les Français vont consentir, une fois encore ?

Mais surtout, combien de temps allons nous continuer à soutenir un système qui, en raison de l'évolution démographique (le papy-boom grandissant), sanitaire (allongement de la durée de vie), et sociale (crise de l'emploi, quoi qu'en disent les chiffres officiels bidons du chomage) , n'a que peu de chances de perdurer ? Il va falloir se rendre à l'évidence : les actifs d'aujourd'hui et de demain seront considérablement moins nombreux que les retraités d'aujourd'hui et de demain, lesquels vivent plus longtemps ! A poursuivre la logique gouvernementale actuelle, autant allonger la durée de cotisation à 50 ans tout de suite... pour espérer gagner le minimum !!

Le problème des retraites est avant tout d'ordre structurel. Il est grand temps d'organiser différemment nos mécanismes solidaires, notamment en faisant appel à davantage de solidarité nationale : prélèvements sur la valeur ajoutée des entreprises, prélèvements sur les activités polluantes, prélèvements sur la consommation... tout le monde - entreprises, actifs, retraités - doit contribuer à l'effort social. Face aux besoins de prestations, il faudra bien rentrer de l'argent, bien plus que ce que les actifs pourront fournir. C'est une réalité que les dogmes idéologiques et politiques ne peuvent masquer !


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Zebougofbrest 30/03/2008 01:12

Bien vu. Le gouvernement n'a aucune conscience de la réalité sociale de ce pays ! Les retraites, il s'en fout ! Ce qu'il veut, c'est juste faire des économies sur le social, pour compenser son paquet fiscal.
Dommage qu'ils soient pas plus nombreux à dire les choses comme vous, au MoDem. Ce mouvement aurait plus de sens et de pertinence !