Vincent PEILLON ou le paradoxe socialiste contemporain

Publié le par Benoit PETIT


Les observateurs de la blogosphère aixoise l'ont tous noté. Fleur SKRIVAN, nouvelle conseillère municipale PS et principale web-défenseuse de la ligne "Medvé", s'est replongée dans une nouvelle campagne : la succession de François HOLLANDE à la tête du Parti Socialiste. Sur son blog, Fleur promeut la tendance "Vincent PEILLON"... et avec elle, une vision de la gauche et du socialisme que beaucoup à Aix (mais pas seulement) réjettent.

Avant d'aborder le "projet politique" des amis de M. PEILLON, revenons un instant sur le parcours de ce jeune député PS. Première information, c'est un docteur en philosophie (professeur même), donc normalement attaché à l'importance des idées et des doctrines dans la structuration de l'action politique (ce que je reconnais volontiers être une qualité). Lancé par Henri EMMANUELLI en 1992 (le Président de l'Assemblée nationale d'alors le prend dans son cabinet), il fait donc naturellement son trou au sein du parti dans la sphère programmatique (il devient secrétaire du groupe des experts du PS, puis secrétaire national aux études en 1997 et porte parole du Parti jusqu'en 2000).

Deuxième information, il est constamment en rupture avec ceux qui l'accompagnent. En 1994 (Congrès de LIEViN), il lache Henri EMMANUELLI pour DSK et Christophe CLERGEAU (mauvais choix, puisque la motion "Emmanuelli" l'emporte). En 2002 (sans doute refroidi par sa défaite aux législatives dans la Somme, et la perte de son mandat), il lache Lionel JOSPIN et François HOLLANDE pour former le "Nouveau Parti Socialiste" (think-tank interne des jeunes réformateurs du parti) avec Julien DRAY et Arnaud MONTEBOURG. En 2005 (Congrès du Mans), il lache Arnaud MONTEBOURG pour rejoindre ceux des "nonistes" du référendum constitutionnels qui sont partisans de la "synthèse du Mans" (Henri EMMANUELLI et Benoît HAMON). Et plus récemment, en 2006, il lache ces derniers en soutenant Ségolène ROYAL dans sa candidature à la présidence.
Toutes ces ruptures sont illustratives du "paradoxe socialiste" contemporain : Vincent PEILLON oscille constamment entre le partenariat avec les socio-démocrates (DSK, ROYAL, et depuis peu DRAY), et le partenariat avec la gauche anti-libérale (EMMANUELLI, HAMON). Parfois il trouve refuge chez ceux qui ne tranchent jamais (JOSPIN, HOLLANDE). A priori, ses options personnelles le portent plutot du côté de la gauche de la gauche (d'ou son implication dans la campagne du "Non" au TCE), mais Vincent PEILLON est aussi un pragmatique, qui s'accomode quand il le faut, d'une coopération avec la droite de la gauche.

Là réside, finalement, toute la complexité (et l'impasse) de son "projet politique". Voici une vidéo qui peut éclairer la pensée et les contradictions de Vincent PEILLON.




1° - Sur le rapport au MoDem. Je ne résiste pas à reprendre une parole de PEILLON, qui me semble particulièrement savoureuse à l'aulne des municipales d'Aix (et de l'engagement de Fleur) :  "il faut entrer en résistance, et tous ceux qui veulent rentrer en résistance sont les bienvenus"  .Mais passons pour en venir au fond des choses. Voila à un homme qui s'est engagé très franchement dans le combat pour la 6e République (comme le MoDem du reste) mais qui nous dit en gros : on pourra travailler avec le MoDem le jour où il rejoindra la galaxie des partis inféodés au PS (une UDF de gauche, en somme). Comment ne pas comprendre que cela équivaudrait à péreniser le clivage gauche-droite ? Quelle contradiction ! Ce meme clivage contre lequel s'érige toute l'idée de la 6e République !
Vincent PEILLON se trompe. Appeler à une stratégie nationale exclusive avec le PS, c'est nier l'autonomie politique du centre, et donc l'émergence d'un système tripartisan nouveau. Seul un système d'alliances, au cas par cas, selon les enjeux de l'élection et selon les partenaires disponibles, peut préserver l'identité spécifique du centre (et donc le système multipartisan qui fonde l'idée de 6e République).

2° - Sur la reconstruction du PS. Vincent PEILLON se pose en farouche partisan du rassemblement (pas très original dans l'absolu, mais venant de la part d'un amateur de doctrine, assez révélateur quand même). OK ! Mais comment réconcilier des familles internes qui sont à ce point opposées sur l'essentiel : entre ceux qui portent un regard ultra-critique sur l'idée d'économie de marché et sur la construction européenne, et les autres qui pensent le contraire ? Entre ceux qui veulent l'ouverture au centre et l'abandon de l'alliance avec le PC, et les autres ? Que je sache, ce sont des enjeux structurants de la pensée et de l'action politique ! L'appel au rassemblement nie cette réalité, en laissant supposer que l'on traite là de "petites affaires".
Face à ce non-sens, Vincent PEILLON tranche malgré tout : pour lui, le rassemblement du PS doit se poursuivre par le rassemblement de toute la gauche (comprenez, le maintien de l'alliance avec le PCF). En d'autres termes, il faut reformer la "majorité plurielle" de JOSPIN, contre l'avis de ceux qui n'en veulent plus à gauche, et contre la perspective d'une ouverture au centre.... et bien bon courage ! C'est peut être l'idée dominante aujourd'hui au sein du PS (car la plus confortable à tenir), mais ce n'est certainement pas celle qui résoudra la crise interne. Seule le fait d'assumer la rupture avec l'ultra-gauche est souhaitable, car elle rendra à chacun sa liberté de penser et d'agir. Il faut que le PS accepte la mort de sa forme ancestrale, assume pleinement ses divisions identitaires, et initie une profonde recomposition de la gauche.

Je rend néanmoins hommage au discours républicain de Vincent PEILLON : avant même d'envisager la question du rapport entre le social et l'économique, il faut effectivement s'interroger (et résoudre) l'enjeu de la République et de ses institutions. Il s'agit bien de définir le type de démocratie que nous voulons, avant d'envisager les idées que nous voulons promouvoir en son sein. La-dessus, il est possible de trouver des dynamiques transpartisanes intéresantes et constructives. Mais là encore, l'on revient sur la contradiction évoquée précédemment : comment se positionner par rapport au clivage gauche-droite ?

Tout ceci montre bien que l'approche "PEILLON" des choses est malheuresement une impasse. Elle bute sans cesse sur ses propres paradoxes, sur ses incohérences, sur sa schizophrénie identitaire. Voila une gauche qui sens bien qu'elle doit bouger, qu'elle doit s'ouvrir, qu'elle doit se repenser en dehors des lourdeurs du passé. Mais dans le même temps, cette perspective la paralyse, la crispe, l'épouvante. Il y a là une prise de risque que la raison commande, et que l'instinct réfute... mais qui conduit inéxorablement le PS au statu quo.

Si Vincent PEILLON n'est pas le plus mauvais cheval à jouer au PS parmi tous les éléphants (au moins parce que lui, il pense...et qu'il n'est pas hostile à l'évolution des idées et des pratiques), il n'est pas pour autant le meilleur.

Mais, pour paraphraser Vincent PEILLON, ce n'est tout de même pas moi qui vais "être l'arbitre de leurs élégances."


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