Prestation télévisée du Président : "Sarkozy : what else ?"

Publié le par Benoit PETIT








Surprenante prestation que celle du Président de la République ce soir. Le "Sarkozy nouveau" serait-il sorti des cuves de la critique, de l'échec des municipales et des mauvais sondages ? En tout cas, c'est bien le message qu'il s'est efforcé de développer pendant 90 minutes, sans doute plus sur la forme que sur le fond (mais un peu sur le fond quand même). Face à des journalistes toujours aussi courtisans et consensuels (sauf Yves CALVI, qui sort nettement du lot), le Président de la République est apparu serein, humble, responsable, rassurant, volontaire et pédagogue... exit le côté "bling-bling" et "Mc Giver", toute sa nouvelle stratégie de communication vise désormais à montrer qu'il s'est (enfin  !) installé dans la fonction présidentielle.

Si l'on prend en compte l'importance de la communication pour le personnage, il faut conclure de cette émission qu'une page est définitivement tournée dans le mandat présidentiel. Jusqu'à présent, chacun s'accordera à reconnaitre (y compris ses partisans) qu'il avait tout fait pour faciliter la tache de l'opposition : un style monarchique assumé, des amitiés  affichées avec les puissants du capitalisme, une obsession atlantiste récurrente, une vulgarité débordante, une hyper-activité concentrative excessive... or ce soir, tout ce qui a progressivement grignoté sa côte de popularité ces derniers mois est désormais gommée. S'il persiste dans sa nouvelle image, il sera plus difficile pour l'opposition de le mettre en difficulté : il va maintenant falloir déployer du fond pour espérer convaincre les Français de son incompétence.

Sur le fond, justement, mon sentiment est que le Président de la République a sensiblement réorienté son discours, pour glisser d'un positionnement originel de droite dure vers un positionnement de droite modérée (voire centre-droite).

D'abord, est apparue ce soir une dimension apparemment sociale à la politique présidentielle... inédite jusqu'à présent. Ainsi, s'appuyant sur le projet "RSA" de Martin HIRSCH, Nicolas SARKOZY a montré qu'il entendait agir en faveur des bénéficiaires des minimas sociaux. Certes, il ne s'est pas beaucoup "mouillé" dans l'affaire, puisque le projet porté par l'ex-président d'Emmaüs a toujours receuilli le soutien de la droite, de la gauche et du centre réunis. Mais c'est quand même bien la première fois que le Président de la République structure son discours social à partir des préoccupations des plus précaires. Du reste, chacun aura remarqué qu'il a un peu moins insisté sur les heures supplémentaires, quasiment pas évoqué la réforme du contrat de travail et très peu abordé la question des sanctions des chômeurs (si ce n'est pour expliquer que cela ne concernerait qu'une partie marginale des chômeurs - "la minorité qui choque" - c'est-à-dire ceux qui manifestement abusent du système d'indemnisation). Quant aux retraites, il a surtout développé les incidences de son action sur les petites retraites et les pensions de réversion.

Sur l'immigration, le discours est également plus modéré qu'auparavant : pas de régularisation globale (là encore, il ne s'est franchement mouillé, vu qu'il n'y a guère que l'extrème gauche qui croit encore que c'est une solution efficace) mais des régularisations au cas par cas, selon les critères de la loi (je relèverais simplement que Nicolas SARKOZY a systématiquement confondu "régularisation" et "naturalisation" des immigrés clandestins, ce qui n'est évidemment pas la même chose). Le Président est même allé au-delà des limites idéologiques de la droite, en confirmant (avec insistance) sa proximité intellectuelle avec la proposition d'étendre le droit de vote aux étrangers non européens "sous condition de réciprocité" entre les pays concernés. Mais pragmatique, il ne fera pas cette réforme (a défaut d'avoir une majorité sur ce sujet, et pour ne pas raviver l'extreme droite et gauche)... faut pas pousser non plus !

Plus fondamental, le recentrage du discours économique tente de briser l'image négative du Président, jugé trop proche des milieux les plus aisés et des capitaines d'industrie. Parmi les éléments les plus emblématiques, l'analyse développée sur le "paquet fiscal" (dont le Président réfute habilement la dénomination médiatique) : non-seulement ces mesures ont été indispensables pour anticiper les crises économiques mondiales - type subprimes - mais elles ont surtout profité aux ouvriers... et pour les mauvaises langues qui se concentreraient uniquement sur le bouclier fiscal, il s'agit avant tout de maintenir nos entreprises dans le giron des familles d'entrepreneurs français plutôt que de les abandonner aux fonds de pension étrangers. L'argument peine à convaincre sur le fond, mais le discours est efficace sur la forme : les intentions présidentielles sont plus facilement acceptables pour le grand public (pour qui le paquet fiscal reste un bidule obscure et complexe).

Mais le plus étonnant (en tout cas, pour l'écologiste que je suis), c'est évidemment la position de Nicolas SARKOZY sur les OGM. Faisant sienne la démarche de précaution en matière de culture en plein champ (si c'est sincère, bravo !), le Président de la République n'a pas hésité à annoncer qu'il se confronterait, si besoin, aux intérêts des multinationales agrosemencières et des agricultures pro-OGM.... on ne s'est pas comment, selon quelle méthode, ou avec quels objectifs concrets, mais le ton est donné : allant contre la tendance dominante de sa majorité, Nicolas SARKOZY relance la dimension environnementale de son discours, en s'engageant un peu plus qu'avant sur un enjeu emblématique.


Alors plus présidentiel, plus social, plus économiquement modéré et plus écologiste le "Sarkozy nouveau" ? A défaut d'avoir été convaincu sur le fond, je reconnais l'efficacité de la "rupture" sur la forme et la com'. A l'évidence, une page se tourne dans ce mandat : la récréation de l'opposition est terminée. Nicolas SARKOZY revient dans l'arène, plus redoutable et plus talentueux qu'avant... (reste à savoir qui, dans l'opposition, aura l'etoffe pour le contrer et le battre ?).

Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, il y a une chose que l'on doit reconnaître au Président de la République : sa capacité incroyable à retourner, par 2-3 coups de communication bien ficelés, les situations où il s'enlise.  La prestation de ce soir en témoigne ! Gare à ceux qui l'enterrent trop vite, il reste le maître incontesté de la politique-média... Sarkozy : what else ?




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Malhac 25/04/2008 12:06

rappelez vous la premiere année de bill Clinton tres laborieuse.
Ensuite recadrage et hop 2 mandats!
je crois que ca risque d'etre la meme chose avec notre président...
il fallait qu'il sorte de la campagne electorale pour passer à la gouvernance voilà c'est fait.