Voyage chez ceux qui ont dit "Non" à Sarkozy... de vraies "vacances" politiques

Publié le par Benoit PETIT



De retour d’un superbe voyage de 10 jours en Irlande, je ressens le besoin de livrer sur la toile quelques unes des nombreuses « impressions » et « réflexions » qui m’ont hanté tout au long de mon séjour. Je pourrais évoquer durant des heures ces magnifiques paysages, variés et encore sauvages, qui se bousculent au fur et à mesure des bornes kilométriques. Je pourrais écrire des pages entières sur l’hospitalité et la gentillesse des irlandais (tout sauf des mythes), sur leurs incroyables cultures et traditions musicales, ou encore sur leur Histoire, marquée à jamais par leurs combats permanents pour la survie de leur identité. Oui ! L’Irlande est un pays extraordinaire, qui ne laisse aucun visiteur insensible : c’est tout à la fois l’imaginaire, les passions et l’altruisme qui sont stimulés par ce petit bout de Terre encore mystique.

 


 

Mais mon propos ne sera pas un compte rendu touristique. Je laisse à chacun le plaisir de découvrir, en s’y rendant, l’intensité de cette « ile verte ». Ce que je souhaite évoquer ici, c’est l’incroyable sensation de « bien-etre » politique qui m’a envahi pendant cette dizaine de jours. Retours d’un voyage chez ceux qui ont dit « non » à Sarkozy…

 

Il suffit de tendre un peu l’oreille au bar des pubs pour comprendre que les « Non » français et irlandais n’ont absolument rien en commun. Les messages sont différents ; et avant tout parce que les contextes sont aux antipodes. Si les Français ont exprimé leurs inquiétudes anticapitalistes ainsi que leur grogne contre le gouvernement en place (il s’appelait Raffarin), les Irlandais, bien capitalistes (eux), ont surtout affirmé leur anti-sarkozysme !

 

Pour nos cousins celtes en effet, l’Empereur Nicolas Ier suscite moins d’intérêt que l’Impératrice Cécilia (à leurs yeux : la digne héritère de Jacky Kennedy ; mais la comparaison s’arrete la : « Sarkozy the arrogant » tient plus de l’anglais que du Kennedy, parole d’irlandais !). La « bling-bling-mania » ne prend pas dans les campagnes du Leitrim. Il faut dire que la-bas, ce ne sont pas les meilleurs amis de Nicolas Sarkozy qui tiennent les médias… les esprits restent préservés.

 


 

Ce serait toutefois une erreur de réduire le raisonnement des Irlandais au seul jugement sur le « style » du Président. Sous leurs mots moqueurs et ironiques, il y a du fond… du fond qui malheureusement, nous fait un peu défaut en France.

 



D’abord, en Irlande, on parle d’Europe tout le temps. Pas un flash info n’oublie de traiter l’actualité de l’Union ; et pas un débat politique ne se déroule sans l’éclairage constant de ce qui se passe à Strasbourg. Les Irlandais ont évidemment beaucoup profité de l’Europe sur les plans de l’économie et des infrastructures (on oublie souvent de dire que par ricochet, cela nous a également beaucoup profité). Mais ils ont su, dans le meme temps, s’intéresser à l’Europe, suivre sa vie quotidienne, et essayer de la comprendre. Chose que nous ne faisons pas, en France (d’où une première différence essentielle entre les « non » français et irlandais). Alors vous imaginez bien : que le Président des Français vienne en Irlande pour leur donner des leçons d’Europe, ça les fait doucement rire, les Irlandais. Ils sont un peu plus informés de la chose communautaire que nous, qui avons été abreuvés, au moment du référendum, des inepties (a mon avis) d’Etienne Chouard ou autre José Bové.

 

Ce qui a géné le plus les Irlandais, et qui a motivé en grande partie leur « Non » à Lisbonne, c’est qu’ils n’entrevoient plus le cap de la construction européenne. Alors qu’une crise économique de grande ampleur s’annonce (depuis plus d’un an, au moins) sur le monde, alors que les besoins sociaux se développent partout en Europe, alors que les problèmes écologiques menacent notre présent et notre future, le Conseil de l’Europe n’a rien d’autre à proposer qu’un texte recyclé, rédigé à la va-vite par le « Super-frenchy », que l’on présente sur fond de « Défense européenne » (pour un pays neutre, c’est sur, ça interpelle), de « Politique étrangère commune » (quelqu’un croit encore à cette vaste blague ?) et de détails de gouvernance. Non que ces sujets ne soient pas importants, mais ils ne sont pas les priorités. Quand allons nous, avec les Irlandais, commencer à nous inquiéter de la récession qui s’installe, et dont les ravages économiques et sociaux seront très rudes !

Ce qui est clair, c’est que ce n’est pas l’approche sarkozienne de l’Europe qui va nous apporter des réponses : il faut construire une nouvelle organisation économique mondiale, plus éthique, fondée sur des logiques innovantes, axée sur le progrès humain et environnemental… pas vraiment les sujets qui occupent les 15 minutes quotidiennes de Sarkozy dans les médias (hélas).

 

N’allez pas penser que les Irlandais sont des affreux gauchistes qui mènent, depuis leur caillou, la lutte contre notre monarque républicain. La-bas, le « Labor party » est minoritaire, l’alternance s’opérant essentiellement entre deux partis de centre droite.

 

Mais si l’on écarte la question européenne, d’autres indices montrent à quel point un gouffre sépare les sociétés irlandaises et françaises. En tant qu’écologiste, j’ai été particulièrement surpris de constater tout à la fois que les Irlandais respectent la propreté ; n’utilisent pas de sacs plastiques ; ont parfois des éoliennes dans leurs champs ; ont des cendriers de rue ; irriguent leurs villes de bus et de vélo-taxis collectifs ; n’ont pas d’incinérateurs (meme pas pour les déchets hospitaliers) ; sont avides de produits ‘bio’… La-bas, nul besoin d’un « Grenelle de l’Environnement » pour théatraliser leur prise de conscience écolo ; la « green society » se vit au quotidien, et avance à pas de géants.

 



Je ne dis pas que la société irlandaise est idéale et exemplaire. Comme toutes les autres, elle a ses insuffisances, ses imperfections et ses carences (et l’on sait de quoi on parle, nous Français). Mais ce qui est intéressant, dans ces petits jeux de comparaisons, c’est de se rendre compte que nos voisins européens sont capables de réussir là où nous échouons, et de nous en inspirer pour l’avenir.

 

Ce que je veux dire, c’est que nous avons des choix de société importants à faire. Il n’y a pas d’un coté un projet de droite, et de l’autre un projet de gauche. Il y a des projets différents dans chaque camp et ailleurs. Celui de Nicolas Sarkozy est une offre parmi d’autres de la droite européenne, et (fort heureusement) est loin de la convaincre et de l’enthousiasmer. Il en existe d’autres, plus ouvertes sur l’humain et l’environnement (en France, on appellerait ça du « centre gauche » et du « MoDem »), qui mériteraient que les urnes leur accorde davantage leur confiance.

 

Certains diront que j’ai la plume militante. C’est un fait. Au meme titre qu’il est déplaisant de constater que dans le monde, les seuls qui aiment bien notre Président, c’est Bush, Poutine et Berlusconi ; et qu’en Allemagne, en Irlande, en Belgique (enfin, bon, en ce moment, ils ont des sujets de préoccupation un peu plus importants) et ailleurs en Europe, notre Président incarne un projet de société que tout le monde rejette !

 

Qu’on soit de droite, de gauche, du centre ou apolitique, cela n’a rien aucune importance dans cette affaire. Le Président nous représente sur la scène internationale, et le moins que l’on puisse dire c’est que personne ne peut s’enorgueillir de l’image que nous avons chez nos partenaires. Encarté UMP ou pas !

 

Il va falloir que cela change… vite !

 



Pour conclure ce post, un petit clin d’œil à l’esprit taquin des Irlandais. En visite à Dublin, Nicolas Sarkozy a été accueilli par un comité de manifestants dont l’un brandissait un panneau : « casses-toi, pauvre con ! »… En voyant ces images (sur TF1 !!!) je n’ai pu m’empecher de penser :  « ahhhh… I am a Dubiner » ;)

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dominique Michelin 23/07/2008 09:50

Salut Benoît, contente de te retrouver sur la toile.
Quant aux irlandais, Ronald aussi y est allé.
Tu oublies de dire que si le pays en est là aujourd'hui c'est grâce à l'Europe et l'argent des européens. Leur NON trient aussi beaucoup et surtout du protectionnisme économique!
À bientôt. Domi