Congrès du PS : il faut substituer la social-démocratie au jospinisme, d'urgence !

Publié le par Benoit PETIT





A quelques semaines du Congrès du Parti Socialiste, tous les républicains non-sarkozistes ont les yeux tournés vers la rue Solférino. Il y a en effet une question que tout le monde se pose : allons nous conserver le meme logiciel d'opposition, vieux, complètement verrolé, et générateur d'échecs électoraux majeurs (les présidentielles 2002 et 2007) ? Ou pouvons-nous espérer vivre (enfin !) une nouvelle "ère" de l'opposition, où les projets, les alliances et les analyses seront complètement différents d'aujourd'hui, et possiblement vecteurs d'une alternance pour 2012 ? Clairement, rien d'autre ne nous intéresse dans ce Congrès. L'essentiel est là. Imposé par Nicolas Sarkozy lorsqu'il a, entre 2002 et 2007, changé le logiciel de la droite au pouvoir. Initié par François Bayrou lorsqu'il a, en 2007, réuni sous son nom presque 20% des Français, toutes tendances politiques confondues, liées les unes aux autres par la conviction qu'une autre opposition est possible, en dehors de ce qui se pratique actuellement dans la galaxie PS
. Concrétisable par l'un des candidats actuels à la succession de François Hollande ? Rien n'est moins sur. On en est plus à un rendez-vous manqué près de la part des socialistes.

Changer le logiciel de l'opposition, c'est avant tout comprendre ce qu'est le sarkozisme. Cette nouvelle droite n'a rien à voir avec ce qu'étaient, à l'époque, les droites balladurienne, chiraco-juppéiste ou séguiniste. Nous avons désormais à faire à une coalition très solide entre les néo-conservateurs, les libertariens (au sens ultra-libéral) et les principaux lobbies économiques et industriels français. Cette structure là n'est pas une nouveauté dans le monde. Elle a déja été mise en pratique au Royaume-Uni (années Thatchers), et bien sur aux Etats-Unis (années Reagan, Bush père et Bush fils). Elle inscrit son action dans un projet bien particulier, où les actions de consommation sont stimulés par les médias et le marketing, où les populations sont fragmentées en "communautés officielles" socio-économiques et religieuses, où la production du travail est délestée des garanties sociales, et où l'on concentre toute la confiance politique de l'opinion sur la personne du seul Président de la République...
Chacun en conviendra : on est bien loin du giscardisme, de la "fracture sociale" et meme du gaullisme. Ce qui compte pour les sarkosistes, c'est le controle de la population, à des fins aussi bien économiques que politiques. Et pour obtenir ce controle, il faut désolidariser les individus et pénétrer leur intimité. Cela fait maintenant plus de 40 ans que la Recherche en psychologie a mis en évidence ces mécanismes et leurs logiques. Il faut croire qu'une partie importante de la droite française a lu avec assiduité ces travaux.

Ce qu'il faut bien comprendre, à mon sens, c'est que cette mutation profonde et rapide de la droite est la conséquence directe de la défaite de Lionel Jospin au premier tour des présidentielles 2002. C'est parce que l'extreme droite fait mieux que le socialisme, qu'une partie de l'opinion se réfugie dans la "rupture" sarkoziste : la peur de Le Pen mobilise, et le PS n'est plus une alternative crédible ; un énorme boulevard s'ouvre alors à Nicolas Sarkozy, l'Homme providentiel, pour s'imposer par la droite de la droite... avec son talent médiatique, et la fin de la carrière politique de Jacques Chirac, c'était facile !

Le point de départ d'une nouvelle opposition doit donc partir du postulat suivant : le socialisme incarné par Lionel Jospin (et décliné sous la bannière "gauche plurielle") est l'engrais du sarkozisme. Ses schémas, ses logiques, ses alliances, ses analyses, ses rhétoriques : tout celà appartient à un passé que les Français ne veulent plus. Ils sont meme prets, pour le faire comprendre, à laisser l'extreme droite se hisser jusqu'à un second tour de présidentielles ; et fort heureusement, en 2007, il y avait une offre politique républicaine refuge (François Bayrou) qui a permis d'éviter un second drame du meme genre. Mais le message reste le meme : le PS doit muter et faire son deuil de la période 1997-2002. A défaut, le sarkozisme sera toujours préféré.

Alors, qu'est-ce qui coince fondamentalement dans le logiciel du PS ? Je crois, je suis certain que c'est la persistance des ambiguités de ses rapports à l'économie de marché. Certains l'acceptent, mais ils ne le disent jamais. Certains le disent, mais ils agissent contre. Certains agissent contre, et le disent franchement. On imagine aisément les tensions stériles et antiproductives qui animeraient un gouvernement socialiste aujourd'hui : Mélanchon aux Affaires Etrangères, Laurent Fabius à l'économie, Benoit Hamon à l'Europe, Aubry au Social, Ségolène présidente, DSK Premier Ministre, Lionel Jospin au Conseil constitutionnel et Bertrand Delanoe au Perchoir de l'Assemblée... bonjour les discussions ! Et si vous ajoutez les Verts - les Duflotistes, mais aussi les Cochetistes, les Cohn-Bendistes, les Maméristes, les Voynetistes - et les communistes - les Buffetistes, les Gremetziens, et meme les Besancenoistes pragmatiques - alors, non, vraiment, ça n'inspire pas confiance pour mener le destin de la France : il n'y a pas l'once d'un début de consensus entre eux, aucune cohérence et aucune cohésion. Entendons tous ces Français qui disent, résignés : au moins chez Sarkozy, c'est peut etre pas le pied social, mais au moins, il avance sans se poser 10000 questions idéologiques. Tout est clair de ce coté là.

Voici un extrait de l'article de Laurent Bouvet sur Telos (28 mai 2008) qui n'est pas pour nous rassurer sur les prétendants au leadership de la galaxie socialiste. (Voir aussi l'article de Gérard Grunberg sur Telos, 13 juin 2008) Evoquant la révélation "libérale" de Bertrand Delanoe, Laurent Bouvet note :

"Les réactions à chaud de ses camarades de parti confirment cette impression tant ils renvoient à une caricature pour journal de droite. Suivant des styles différents d’ailleurs : apprenti-philosophe de l’Histoire : « Bertrand Delanoë nous joue l’ode au libéralisme […]. Cela me semble aller à rebours de l’évolution de la gauche » (Benoît Hamon) ; trotskyste mal soigné : « Je reste de formation marxiste » (Julien Dray) ; comique télévisuel d’époque : « Entrer dans un congrès socialiste en revendiquant le patronage du libéralisme, c’est un peu comme un gastronome qui entrerait chez Bocuse en criant qu’il adore le McDo… » (Guillaume Bachelay).

Même Ségolène Royal, pourtant renvoyée plus souvent qu’à son tour devant le Tribunal de la Vraie Gauche pour ses échappées blairistes, et la fréquentation, encore récemment affichée, de penseurs tels que Montesquieu ou Tocqueville, y est allé de son commentaire doctrinal : « Ma conviction, c'est qu'au XXIe siècle, être libéral et socialiste, c'est totalement incompatible » (24 mai 2008). Fermez le ban.

Comme souvent rue de Solferino, le débat est placé à bonne hauteur : entre considérations tactiques d’avant-congrès et orthodoxie sémantique de l’ère hollandaise – dont la phrase de référence sur le sujet qui nous occupe devrait rester dans les manuels de pensée politique : « Le libéralisme est contradictoire avec l'esprit européen lui-même » (prononcée telle quelle devant une salle très enthousiaste de secrétaires de section du parti par le Premier secrétaire lui-même en mai 2004)."


Voila la réalité des choses : en dehors de DSK, ils ne sont pas très nombreux les prétendants socialistes qui affirment sans gène leurs convictions libérales, quand ils en ont... Or le libéralisme, c'est rien d'autre que des entreprises, des échanges, des investissements, de la concurrence... bref, la vie quotidienne des Français. Certes, il y a des abus, des déséquilibres sociaux, de la précarité. Mais l'on peut parfaitement réguler le système, pour peu que l'on ait la volonté politique de le faire, et la conviction que l'on peut concilier le Marché avec le mieux disant social et environnemental. C'est pas une utopie : c'est une réalité concrétisée partout en Europe par les socio-démocrates depuis 20 ans. Encore faut-il, pour le savoir, s'intéresser à ce qu'est l'Europe... et sur ce point précis, à nouveau, il est apparu clairement que le PS était pluriel.

L'opposition au sarkozisme tient en un mot : la sociale-démocratie. Tant que ce terme sera un "gros mot" rue Solférino, il ne sera pas possible de la réaliser. Les démocrates sont aujourd'hui prets à participer à cette nouvelle force progressiste et moderne. Force est de regretter que les socialistes, eux, sont encore très loins d'etre prets. Ce congrès en est la preuve : toutes les motions présentées, y compris celle de Ségolène Royale jugée pourtant comme la plus ouverte aux démocrates, affirment (confirment) la nécessité de rassembler, en priorité, toute la gauche.
Quel qu'il ou elle soit, le Premier secrétaire du PS reproduira le meme "bug" jospinien... surtout si c'est Bertrand Delanoe (!). Le PS pourra toujours se réfugier derrière les paravents de l'aisance médiatique, ils se heurteront encore au mur des présidentielles.

Le PS doit sans tarder abandonner ses alliances avec ses partenaires anti-capitalistes et hostiles à la social-démocratie, pour se tourner vers les démocrates afin d'envisager l'avenir. Par démocrates, j'entend prioritairement le Mouvement Démocrate, mais j'inclus également les radicaux, les chrétiens démocrates et les gaullistes de gauche.
Cessons de penser la politique sous le prisme de la Droite et de la Gauche. Nicolas Sarkozy ne le fait plus depuis bien longtemps. Le seul vrai clivage qui soit pertinent, depuis 2007, est celui qui oppose les Conservateurs aux Socio-démocrates. Le jour où le PS aura compris celà, alors nous pourrons valablement réver à l'alternance Elyséenne. En attendant, la seule chose qu'il faut faire lorsque l'on est un social-démocrate, est de rejoindre les rangs du MoDem. Pendant que le PS s'interroge sur le capitalisme, nous préférons commencer à construire la social-démocratie française. Il n'y a vraiment pas de temps à perdre. Le sarkozysme n'en perd pas, lui.

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Gaëlle Lenfant 27/10/2008 11:07

Bonjour Benoît,Tu mélanges beaucoup de choses : l'économie de marché et le libéralisme, la social-démocratie et le réformisme, la social-démocratie et le socialisme démocratiqe, les socialistes et les démocrates...Je t'invite à faire un tour sur Wikipédia pour vérifier la définition de toutes ces notions. Tu pourras ensuite te rendre sur le site du PS y lire notre déclaration de principes qui dit notamment : (cette nouvelle déclaration de principe a été votée en juin 2008)
"Les socialistes portent une critique historique du capitalisme créateur d’inégalités, facteur de crises, et de dégradations des équilibres écologiques, qui demeure d’actualité à l’âge d’une mondialisation dominée par le capitalisme financier.Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux qui a pour finalité la satisfaction des besoins sociaux essentiels. Le système voulu par les socialistes est une économie mixte, combinant un secteur privé dynamique, un secteur public efficace, des services publics de qualité accessibles à tous, un tiers secteur d’économie sociale et solidaire.Les socialistes affirment que certains biens et services ne doivent pas relever du fonctionnement du marché quand ils concernent les droits essentiels. Ils font de la création et de la redistribution des richesses un enjeu majeur de l’action politique."On pourra ensuite revenir sur le sujet si tu le souhaites.Bien cordialement,Gaëlle Lenfant