Hivers de l'an II du IIIe Empire : la Fronde gagne le Peuple petit à petit !

Publié le par Benoit PETIT


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(Dessin de Haddad)


Normalement, chaque hiver se suit et se ressemble. Les pubs pour les crédits conso se multiplient, les reportages sur les SDF qui sont morts de froid durant la nuit réapparaissent dans les JT, le fantome de la Star Ac' hante nos tube cathodiques, on nous balance une nouvelle fois nos "show-télé-humanitaires" traditionnels (les causes défendues le méritent, néanmoins), et le dernier portable hyper-méga-technologique est enfin présenté dans les rayons... Bref, c'est toujours plus ou moins la meme histoire qui se joue : sur un fond de morosité collective lançinant, l'on cherche à dissiper nos nuages gris en stimulant d'une part notre désir de consommation et d'autre part notre sentiment de compassion à l'égard des plus démunis que soi. De temps à autres, il y a une campagne électorale pour nous divertir et nous donner l'illusion que nous sommes décideurs de notre destin. Tout est fait pour que nous oublions nos petits "soucis".

Cette hiver, j'ai néanmoins l'étrange impression que les choses sont différentes. On nous ressert peut-etret les memes "calmants" médiatiques, mais cette fois, nous ne réagissons plus tout à fait de la meme manière. Tout se passe comme si les uns et les autres avions enfin conscience de toute cette mascarade. Que plus personne ne croit plus aux mirages industriels et commerciaux qu'on veut nous faire docilement gober. Que nos esprits sont préoccupés par des choses bien plus graves que celles qui nous avaient préoccupées les années précédentes, et qu'il n'est en tout cas plus possible de se dérober face aux réalités du quotidien.
Mais il y a plus que cela, quelque chose d'amplement plus horrifiant. Il y a surtout beaucoup de colère. Contre la crise, contre les financiers, contre le gouvernement, contre les socialistes et/ou contre la masse des anonymes que l'on ne connait pas. L'on est parfois meme en colère contre les familiers que l'on cotoit. Tout le monde trinque dans les discours. Certains, malheureusement, trinquent aussi par les actes. La France broie du noir, mais elle est aussi dans un processus pré-insurrectionnel évident. Le ras-le-bol général pourrait vite s'avérer ingérable, si l'on y prend pas garde.

J'entend bien que la crise y est pour beaucoup. Les commandes se volatisent pour les artisans et PME/PMI, l'argent se fait rare dans les portefeuille, les agriculteurs sont pris à la gorge par une grande distribution en crise, le chomage "officiel" progresse (imaginez un peu la précarité "officieuse" !!) et les pressions au boulot s'accentuent. La récession, c'est pas qu'à la Télé.
Mais c'est un mal plus profond qui ronge en fait notre société. Une crise de confiance en qui nous sommes et qui nous gouverne. C'est meme pas tant Fillon et ses Ministres (tout le monde s'en désintéresse). C'est le système qui devient invivable. Celui qu'on a hérité d'avant 2007, mais aussi celui qui est modelé en ce moment meme par son Altesse l'Empereur Nicolas Ier.

L'Elysée impérial nous façonne en effet une société où l'on épie, où l'on controle, où l'on réprime. Une mise sous surveillance générale doublée d'une augmentation des interdits. Si l'on nous martèle à chaque seconde tout ce que nous n'avons pas ou plus le droit de faire, l'on se rend compte par nous meme qu'en parallèle, l'on a plus beaucoup de moyens pour faire valoirs les rares droits qui nous restent. Institutionnellement et médiatiquement, nous sommes "encadrés" grace aux discours et aux actes sécuritaires de la pensée unique sarkozienne.
Alors quand en plus, on se tape de plein fouet une crise économique et sociale qui nous oblige à vivre du jour pour le lendemain... c'est sur, ca révolte le plus pacifiste d'entre nous ! Ca créé des "sans-culottes" déterminés.

Si au moins le système sarkozyste s'occupait de nous protéger contre les mauvais coups sociaux qu'on nous assène de partout... meme pas ! Bien au contraire. Ils protègent les revenus et les propriétés des "stars" et des "bling-bling", ils réchignent à trouver quelques sous pour le RSA (évidemment, pour mieux sauver les financiers qui nous ont foutu dans cette situation), ils nous allongent la durée de travail à 70 ans et ils permettrons bientot aux plus précaires de se faire exploiter y compris le dimanche. Les jeunes sont incités à s'endetter pour étudier et survivre, les séniors sont abandonnés à leur sort. Quant aux classes populaires, elles sont déjà noyées, et les classes moyennes les suivent de très près.

Non décidément, l'Hivers 2008-2009 n'est pas tout à fait le meme que les précédents. Les gens réalisent qu'ils sont baffoués, précarisés, appeurés, et en tout cas pris pour des imbéciles. Certains l'avaient préssenti en 2007 et étaient déja désillusionnés. D'autres prennent conscience aujourd'hui que la confiance qu'ils ont, à l'époque, sincèrement accordé à Nicolas Sarkozy s'est rapidement envolée. La Colère des Français ne connait plus, en ce mois de décembre, le clivage "gauche-droite". C'est tout un Peuple qui est gagné par son instint frondeur.

L'an I du IIIe Empire a été celui où son Altesse Nicolas Ier a remercié ses courtisans
L'an II du IIIe Empire est celui où la Fronde commence à gagner le Peuple.

Que sera, demain, l'an III du IIIe Empire ?

... N'ouvrez surtout pas vos livres d'Histoire pour vous éclairer sur la réponse : vous seriez horrifiés !


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Achim 03/12/2008 15:05

Salut,Tu as bien décrit et exprimé le malaise et mal-etre qui regne en ce moment. Je ne suis pas certain qu'il date du regne Sarko,  je  situe le debut  un peu plus tôt :dans l'ère de M Raffarin. lorsque celui ci decida d'un coup de passer outre les avis  et sentiments des gens et passer ses reformes en force. Quand les gens ont remarqué que cela ne servait plus à rien de protester, faire des manif ou des greves, s'est installé une espece de déprime aquoiboniste qui dure et s'agrave actuellement. Je suis "sur le terrain" à Marseille avec mon petit commerce et je sens le désespoir des petits et des classes moyennes monter . Le "tous pourris" est de retour  en force. Et même si le Front National parrait provisoirement grillé (par Sarko), j'ai bien peur d'une explosion soudaine du ras le bol qui irait dans tout les sens, mais malheureusement encore les extrèmes. Mais peut-on leur en vouloir ?  Quand on est désespéré, difficile de rester raisonnable...