La seconde phase du sarkozisme est désormais enclenchée

Publié le par Benoit PETIT


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Dessin de MOR

Tout le monde l'aura compris : le remaniement de 2009 est en cours. L'enjeu est préoccupant, car au-delà du jeu grossier de chaises musicales qu'il engendre au sein de la majorité, c'est avant tout un changement complet de politique qui nous pend au nez... et croyez-moi, le "Sarkozisme" nouveau va nous faire regretter l'ancien !

En réalité, c'est justement le jeu de chaises musicales qui nous éclaire sur les intentions futures de l'Elysée. Tout d'abord, ils viennent de créer un nouveau poste ministériel, histoire de caser Patrick Devedjian que l'on dégage de son placard doré (à savoir la direction de l'UMP) pour lui attribuer le ministère de la Propagande économique officielle. Peu importe son véritable nom, ce qui compte c'est que la communication autour de la crise (le fameux "Plan de relance") soit orchestrée et controlée par le gouvernement. Les objectifs sont clair : il faut endormir les Français en les matraquant des "efforts"  désintéressés et médiatisés du Président, maintenir un climat global anxiogène permettant de mieux manipuler les masses, et surtout subventionner le sauvetage des lobbies industriels qui certes nous ont foutus dans la panade, mais qui néanmoins financent notre bon vieux système.

La direction de l'UMP se trouvant vacante, ils n'ont évidemment pas perdus de temps pour l'attribuer à Xavier Bertrand... pour l'instant "en interim'". Mais l'on s'autorise à penser, dans les milieux autorisés (lol) qu'au moment du remaniement, la fonction deviendra officielle et que le principal interessé quittera le gouvernement pour se consacrer pleinement au parti. En décodé : François Fillon restera Premier-ministre encore ce coup-ci, mais le coup d'après (normalement après les régionales), c'est Xavier qui prendra les manettes et qui pilotera la réelection de Nicolas Sarkozy.
Cette troisième phase du mandat étant éminement politique, il était indispensable de "préparer" le poulain en le propulsant au coeur de la vie partisane. Marrant les coincidences, d'ailleurs : lui, l'anti-Aubry par excellence, menant la campagne des régionales contre son alter-clone socialiste... le combat s'annonce davance passionnant. Mais garre à ce qu'il n'exacerbe encore plus les tensions internes de la majorité présidentielle. Les néo-chiraquiens, guidés par Jean-François Copé, pourraient prendre ombrage du nouveau patron de l'UMP et de son talent médiatique. Pour peu que la rupture définitive avec François Fillon se passe dans la douleur, et que Jean-Louis Borloo ne tire pas son épingle du jeu des prochains remous, il pourrait se créer un "front de résistance" gaulliste et centriste dont les effets sur 2012 pourraient nuire, en fin de compte, au destin présidentiel. Ce n'est pas ni nigaud que cela d'envoyer un aussi talentueux négociateur (de l'avoeu des syndicats) mettre de l'ordre dans la majorité et s'imposer sur les autres.

Reste que si Xavier Bertrand s'en va du Ministère des Affaires sociales, il faudra bien lui trouver un remplaçant. Et le nom que j'ai entendu ce matin sur les ondes FM me fait froid dans le dos : Brice Hortefeux. Inutile de vous faire un portrait : l'Elysée entend mettre un peu "d'identité nationale" dans la gestion du système social, en ces temps de crise.
Oh, il y a des chances que l'on étende un peu plus l'influence du Ministère de l'Economie sur les questions sociales - le jeune Laurent Wauquier étant parfait pour faire le lien - histoire d'appaiser les esprits. Mais que l'on ne se laisse pas berner par les apparences : il est bel et bien question de restreindre la machine "sociale" française, et d'opposer le plus fidèle des sarkozistes aux syndicats.
Fort heureusement, l'hypothèse Hortefeux peut parfaitement ne pas etre celle qui sera, en fin de comptes, retenu. Le casting pourrait fort bien privilégier un autre profil, plus "souple" si les circonstances sociales l'exigent. Mais hélas, le projet politique restera dramatiquement le meme.

Pour le reste, l'on verra bien. Le départ de Rachida Dati semble acquis, mais elle sera sans doute replacée ailleurs, sur un gros portefeuille en tout cas (Affaires étrangères si Kouchner jete l'éponge ? Intérieur si MAM enclenche une stratégie personnelle ? Défense si rien d'autre ne colle ?). Les départs de Christine Boutin, Xavier Darcos, Christine Lagarde semblent également probables (mais sans racasage gouvernemental). Quant à Borloo, je ne serais pas surpris qu'il récupère, de nouveau, le Ministère de l'Economie, notamment parce qu'il a une image "sociale" positive. On saupoudrera le tout d'un peu de "Gauche moderne" et de "Nouveau Centre", et le packaging sera finalisé.  

Mais peu importe les détails. Les seules choses qui compte, c'est les trois axes qui viennent de se mettre en place ces derniers jours : controle de la communication sur les questions économiques, durcissement de la gestion sociale, préparation active de l'ultime phase politique du mandat.

C'est finalement la plus vieille rengaine politique universelle : créez un climat anxiogène fort, maintenez les masses dans la précarité ou la fragilité sociale, développez le discours de l'Homme providentiel et la rhétorique de la "Foi" et de l'Espérence"... et vous serez élu. Ca a marché en 2007... qui prend les paris pour 2012 ?


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