Les Verts comme d'habitude : l'ultra-gauche dirige, les autres se couchent

Publié le par Benoit PETIT


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Cécile Duflot, réélue Secrétaire nationale des Verts

Réélue avec plus de 70% des suffrages des militants, Cécile Duflot reste donc Secrétaire nationale des Verts pour encore trois ans. Ce n'est pas une surprise. C'est surtout une terrible nouvelle pour l'écologie politique française qui confirme par ce choix la fracture qui la traverse depuis quelques années. Entre d'une part ceux qui - comme Cécile Duflot - considèrent que le projet écologiste n'est compatible qu'avec la gauche (comprenez le PCF, le PS et, par tolérence historique, le PRG), les théories de la décroissance et les thèses anti-libérales, et ceux qui - comme Corinne Lepage - considèrent que l'écologie politique est un projet qui dépasse les clivages traditionnels, qu'il se structure plus globalement autour du concept de développement soutenable et que sa réalisation se fera par une réforme éthique et profonde de l'économie de marché (ce qui suppose d'évacuer les a priori politiciens qui jugent l'écologie politique incompatible avec ce modèle économique).

Finalement, qu'il y ait plusieurs "familles" écologistes est tout à fait normal. C'est la diversité démocratique qui s'exprime aussi au sein des écolos. Qu'il y ait meme la tentation chez quelques uns - comme Cécile Duflot - de revendiquer pour son "camp" l'exclusivité de la légitimité écologiste, c'est finalement le jeu... meme si cela est parfaitement infondé. La ligne défendue depuis toujours par la Secrétaire nationale des Verts postule donc le clivage radical entre écologistes, sur l'idée qu'il y a d'un coté les "écolos-vertueux" de la gauche, et de l'autre les "faux-écolos" du centre et de la droite. Dont acte. Reste que dans les faits, le discours Duflotiste est sérieusement écorné sur l'autel des prochaines échéances électorales.

Je ne reviendrais pas sur le détail des incohérences doctrinales qui sous-tendent le projet de listes européennes menées par Daniel Cohn-Bendit. Une chose est sure, c'est que pour espérer profiter de l'aura médiatique de Nicolas Hulot (dont on ne peut pas franchement dire qu'il a assis son action politique sur la gauche) et des quelques réseaux militants qui restent à Antoine Waechter (dont, là encore, on ne peut pas sérieusement défendre qu'il est de gauche), Cécile Duflot est tout à fait disposée de mettre ses grands idéaux dans la poche. Puisque le "bling-bling" marche mieux, dans les urnes, que le combat d'idées, autant aller à fond dans le "bling-bling" écolo : quelques amis de Hulot par-ci, Eva Joly par là, le bagou efficace de Daniel pour couronner le tout... et vous avez là le génial "packaging" médiatique destiné faire oublier aux électeurs qu'en fin de compte, la liste qu'ils présentent est essentiellement tenue, sur le fond et dans la stratégie, par les décroissants et les anti-libéraux. De quoi faire frétiller les moustaches de José !

Ce grand écart idéologique est consternant, en tout cas pour tous ceux qui s'intéressent à la politique sous l'angle des idées. Je ne compte plus les heures de discussion que j'ai pu avoir sur ce thème avec mes amis qui sont, pour certains encore, chez les Verts. Combien de fois ais-je entendu les partisans de la ligne "Voynet" déclamer leur haine contre "l'aile ultra-gauche" incarnée par Cécile Duflot ? Combien de fois ais-je entendu les sympathisants de Wehrling, ou de Cochet, ou meme, parfois, de Noel Mamerre, dire que le renouveau de l'écologie politique passera nécessairement par la rupture définitive avec les anti-capitalistes et les néo-marxistes ? Et combien de fois ais-je constaté que ces "ennemis intimes" se rabibochaient - par simple intéret électoral - pour soutenir une direction nationales tenue justement par les "verts-rouges" ? C'est, une fois encore, ce qui vient de se produire, au Congrès de Lille.

Vous me direz que c'est le lot habituel de tous les partis politiques qui se revendiquent du clivage gauche-droite. Ce dernier n'ayant plus aucune valeur doctrinale, mais ayant toujours une forte valeur politicienne, l'on s'arrange toujours en famille pour écarter les idées et les analyses qui divisent. Parfois meme, on use et on abuse de la machine à exclure contre ceux, réfractaires, qui entendent défendre un minimum de cohérence idéologique. Et sur Aix-en-Provence, nous avons été aux premières loges des "purges" orchestrées par Mme Duflot en personne.

Finalement, il n'y a malheureusement rien de nouveau sous le soleil des Verts... Le fond n'a d'autre fonction que de légitimer l'exil des dissidents, les élections sont envisagées uniquement sous l'angle des tactiques politiciennes et partisanes, la course aux 10% potentiels de Hulot justifient que l'on présente aux Français une liste d'esbrouffe.  Quant aux thèses anti-libérales et décroissantes, elles restent le fond de commerce d'un parti qui, au niveau de l'ensemble de sa masse militante et de ses sympathisants, ne les partagent pas unanimement... il n'en demeure pas moins que ceux qui pensent différemment "se couchent" une fois encore, estimant que leur heure reviendra un jour peut-etre, et que d'ici là, il est plus prudent de prendre toutes les places internes qui sont gracieusement offertes par la Secrétaire nationale.  C'est pathétique !

L'illusion prendra, ou ne prendra pas, aux prochaines européennes... peu importe. Ce qui me préoccupe, en tant qu'écologiste, c'est que sous l'effet des pratiques des Verts, l'écologie politique est complètement vidée de sa cohérence et de sa substance doctrinale.

J'en suis désormais intimement convaincu - mais finalement, je l'ai toujours été - les Verts, dans leur organisation et leur gouvernance passées et présentes, sont le principal obstacle à l'émergence d'une véritable force politique autonome et moderne de l'Ecologie. C'est malheureux, car les choses auraient pu tourner différemment. Et de mon point de vue, ce n'est pas tant la faute des amis de Cécile Duflot que celle de tous ceux qui, chez les Verts, ne partagent pas les positions de la Secrétaire nationale, et qui ont malgré tout abdiqué à défendre leurs convictions et leurs visions.

Tant pis pour eux. Qu'ils restent enfermés dans leurs paradoxes et leurs contradictions. Qu'ils continuent à se "coucher" devant la moindre des difficultés idéologiques qui pointe son nez. Qu'ils prolongent entre eux leurs vieux débats d'un autre age et d'une autre époque... Le ridicule ne tue pas. Et la schizophrénie électorale non plus.
Ceux qui entendent réellement refonder l'écologie politique dans le contexte économique, social et environnemental du 21e siècle se retrouvent d'ores et déja ailleurs. Le Mouvement Démocrate a vocation à devenir le parti du Développement durable, et la présence dans ses rangs de Corinne Lepage, de Jean-Luc Bennahmias, de Yann Wehrling et de l'ensemble des adhérents de CAP21 en est la démonstration la plus convaincante.

Le mot de la fin à Yves Cochet qui, a l'issue du Congrès de Lille déclare (à juste titre) :
"ce congrès ne révèle que du façadisme sans unité". OK... Mais alors Yves, qu'est-ce que tu attends, dès lors, pour quitter ce parti dans lequel tu ne te reconnais pas ? Les régionales ?

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