Benoit PETIT, 30 ans - Aix

Vendredi 12 décembre 2008

http://www.isere.pref.gouv.fr/sections/documents/environnement/dechets/gestion_globale_des/downloadFile/photo/dechets.jpg


Le rapport annuel 2007 sur le prix et la qualité du service d'élimination des déchets de la Communauté d'agglomération du Pays d'Aix ("CPA") est sans aucun doute une preuve supplémentaire de la défaillance de l'équipe UMP-PS en matière d'environnement (entre autres thématiques...). Les amis (de droite et de gauche) de Maryse Joissains vous diront évidemment le contraire, mais les chiffres présentés dans ce document sont explicites : le Pays d'Aix est loin d'etre à la hauteur de l'enjeu, faisant ainsi fi des objectifs du Grenelle de l'Environnement, et malheureusement, rien dans la politique actuellement engagée ne permet d'entrevoir un avenir satisfaisant s'agissant de la gestion des déchets.

Les ratios (indicateurs qui expriment la réalité de nos comportements) sont les suivants :

- 515 kg par an et par habitant de déchets produits en moyenne sur l'ensemble de la CPA
- 400 kg par an et par habitant de déchets collectés par les services de la CPA
- 49 kg par an et par habitant de déchets recyclés en moyenne sur l'ensemble de la CPA

Si l'on compare ces chiffres à ceux fournis par l'ADEME et les associations spécialisées s'agissant des moyennes nationales, la CPA se retrouve dans la tranche des "mauvais élèves"... pour information, le ratio 2004 national était de 350 kg par an et par habitant de déchets produits (avec, à l'époque, une tendance nette à la diminution)... il faut hélas en conclure qu'en Pays d'Aix, nos déchets débordent plus qu'ailleurs !

Pour etre parfaitement honnete, ces premiers chiffres ne sont pas suffisants pour juger des performances de la CPA. Car non-seulement il faut prendre en compte d'où l'on part (certaines intercommunalités ayant, à l'origine, des tonnages très importants à résorber), mais surtout, il faut prendre en compte où l'on va. La gestion des déchets ménagers se mesure avant tout à l'aune d'une dynamique, et si les ratios précédemment indiqués fournissent une photographie préoccupante de la réalité, ils restent malgré tout des indicateurs purement statiques qui peuvent masquer des "efforts" et des "progrès" substantiels à venir.

Ce n'est malheureusement pas le cas pour le Pays d'Aix, à en croire la lecture du rapport. Non pas qu'aucun effort n'est engagé pour l'avenir, mais clairement, ces efforts sont loin d'etre suffisants par rapport aux exigences de l'enjeu.

Ainsi, l'on apprend d'une part que l'essentiel des moyens financiers - la gestion des déchets est le 3e budget le plus important de la CPA - est consacré au renouvellement des outils existants (poubelles, camions, etc...), à l'embellissement des infrastructures (enfouissement des lieux de tris, ...) ou encore aux campagnes de sensibilisation au "civisme" ; d'autre part que le peu d'investissement est consacré à doter la CPA de 9.000 machines à compost individuels (utilisés pour transformer les déchets organiques en engrais), soit 1 tout petit composteur pour 38 habitants (!!).

Mieux vaut très peu que rien du tout. Soit.
Mais lorsque l'on connait d'une part le potentiel de développement économique et en terme d'emplois que représente une excellente gestion des déchets, et d'autre part l'efficacité des techniques modernes de réduction des déchets pratiquées ailleurs en France et dans le monde, l'on se dit que ce très peu d'efforts est purement et simplement un vaste gachis !

Pas un mot, par exemple, sur l'initialisation de la technique de la pesée embarquée (principe selon lequel, grace à une puce placée sur votre poubelle - laquelle est fermée par une clé qui vous est remise, pour éviter que le voisin vide ses déchets chez vous - vous ne payez que le volume de déchets non-recyclés que vous produisez) alors que cette technique permet, dans les villages et les quartiers pavillonnaires, de réduire par 4 le volume des déchets produits (cf. l'exemple de la commune de Manspach, en Alsace).
Pas un mot sur la dématérialisation des produits jetés (principe selon lequel les déchets des uns sont désossés pour devenir les matières premières des autres), ou encore sur le développement des brocantes de particuliers ou sur l'expansion des associations qui font de la récup' et de la réparation (type Emmaus).
Pas un mot encore sur l'initiation d'une négociation entre la CPA et la grande distribution en vue d'aboutir à un accord général de réduction à la source des emballages inutiles et des produits difficilement recyclables ou impossibles à recycler.
Pas un mot toujours sur le traitement biologique des déchets (principe du traitement "naturel" de nos déchets par l'utilisation des bactéries), pas un mot sur une éventuelle coopération entre les Facs de sciences et l'intercommunalité pour développer des techniques d'avant-garde, pas un mot sur la manière dont on entend réduire et valoriser les déchets produits par les entreprises et les zones d'activité économique, etc....

Bref. Force est de regretter qu'en fin de compte, la CPA est loin d'avoir une culture écologique suffisante pour initier une politique de gestion des déchets qui nous propulserait, en moins de 10 ans, aux premières places mondiales en terme de performances et de résultats. Or nous en avons le potentiel, si l'on en croit la diversité géographique du Pays d'Aix, la structure de notre population et le dynamisme de nos PME/PMI.

C'est juste une question de volonté et d'envie de s'intéresser à ce qui se pratique ailleurs en France et dans le monde.

Je vous laisse méditer l'exemple des nombreuses villes de tradition minières d'Angleterre qui, après avoir largement souffert de la fin brutale des exploitations du charbon dans les années 1980 et des délocalisations industrielles dans les années 1990, ont su relancer leur activité économique et leurs emplois stables en direction des populations les plus précaires justement grace à une politique globale, transversale et ambitieuse de gestion des déchets.

Je vous laisse également méditer l'augmentation vertigineuse de la Taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TOEM) en Pays d'Aix (3,02% en 2004, 7,23% en 2008) - laquelle augmentation verigineuse va s'amplifier encore sur les prochaines années... Si nous payons beaucoup plus cher cette politique, la moindre des choses serait que les résultats produits soient à la hauteur des efforts financiers que nous concédons, en tant que contribuables, non ?

Par Benoit PETIT - Publié dans : Aix et Pays d'Aix
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