LGV : le combat pour les régionales a débuté, à droite. Ca s'annonce sanglant !

Publié le par Benoit PETIT







Le dossier « LGV » Paris-Nice continue, en ce début d’année 2009, de créer la polémique. Ce week-end, chacun a pu prendre connaissances des déclarations d’Eric CIOTTI, député UMP et tout nouveau Président du Conseil général des Alpes-Maritimes, selon lequel le tracé qui aurait été rétenu par Jean-Louis BORLOO est celui qui passe au nord (sur une ligne Aix, Trets, Fuveau, Chateauneuf, Saint Maximin, Barjols, Salernes, Cannes, Nice). Meme si rien n’est aussi définitif que ce que M. CIOTTI suggère (la préfecture ne fait aucun commentaire, pour l’instant), tout le monde s’attendait plus ou moins à ce choix… évidemment, le moins intelligent en terme d’aménagement durable de notre territoire.


Je me souviens lorsqu’en 2004-2005, CAP21 s’est engagée aux cotés des associations hostiles au projet de LGV (nous étions le seul parti politique à l’époque à nous déclarer globalement contre ce projet, y compris chez les écologistes). En-dehors des arguments directement liées à la préservation de la biodiversité locale et à la richesse écologique de notre patrimoine régional, nous mettions en avant l’idée que ce projet ne s’inscrivait pas dans un plan global de développement de PACA sur 10 à 20 ans. Ou plutot, qu’il s’appuyait sur une vision de notre avenir qui fait étrangement penser à la Floride d’aujourd’hui : tout miser sur le tourisme de grande masse, accroitre les capacités des aéroports de Nice et de Marseille, bétonner toujours plus, ouvrir des connexions rapides avec l’Italie, l’Espagne et le Nord de l’Europe, développer l’économie du divertissement…


L’approche de CAP21 était radicalement opposée. Plutôt qu’une LGV, nous voulions une refonte de tout le réseau des TER et des trains de marchandises. Nous voulions désengorger les routes interurbaines par le rail, pour permettre aux travailleurs qui logent loin de leurs entreprises de mieux vivre leur mobilité quotidienne ; désengorger les autoroutes et les accès routiers frontaliers par le recours au ferroutage et aux « autoroutes de la Mer » ; intégrer la problématique des déplacements nord-sud intra-région (vers les Alpes notamment)… Bref, pour nous, il était plus important de permettre aux habitants d’ici de vivre un véritable progrès social et environnemental directement dans leur vie quotidienne, que de gagner quelques minutes sur le trajet qui sépare Nice de Paris (lequel, en l’état actuel des choses, n’est pas aberrent, ni pour un touriste, ni pour un homme d’affaire).


Mais surtout, nous militions (et encore aujourd’hui, plutot deux fois qu’une) pour qu’une véritable concertation avec la population soit menée sur son développement ces 20-30 prochaines années. Quels marchés économiques voulons investir ? Quel modèle d’urbanisme voulons nous promouvoir ? Comment adapter l’offre de transports aux besoins des habitants-travailleurs ? Quelles infrastructures (gestion des déchets, gestion de l’eau, gestion agroalimentaire, offre médicale, offre scolaire…) voulons-nous construire ? Plus qu’une simple mise-à-plait de nos politiques d’aménagement, CAP21 et le tissu associatif militait aussi pour un changement radical de méthode de décision : au lieu de laisser les « grands élus » décider entre eux, et avec leurs copains de Paris ; au lieu qu’ils nous endorment avec leur simulation de Débats public ; nous voulions que tout parte de la base - les habitants de PACA - dans une réflexion transparente et sans tabous, qui se donne le temps qui lui est nécessaire pour poser des bases solides à un avenir durable.


BREF, nous voulions (et voulons toujours), que ces problématiques d’aménagement du territoire soient résolues au travers le prisme du développement durable (dans toutes ses dimensions, y compris démocratique), et non par les « milieux autorisés » au gré de leurs intérets économico-politiques.

 



Hélas, nous avons perdu une première grande bataille. Les forces d’opposition à la LGV n’ont pas été suffisantes pour que le projet tombe aux oubliettes au départ de sa conception… c’est ainsi, il nous faut désormais accepter l’idée qu’une LGV traversera d’est en ouest la région PACA. Dont acte.

 

La problématique s’étant ainsi déplacée sur la question des tracés, deux observations doivent etre apportées si jamais les propos de M. CIOTTI se vérifiaient.

 


Tout d’abord, le tracé nord est à l’évidence le pire tracé envisageable, si l’on a à cœur de défendre les préoccupations des travailleurs de notre région. Car il aurait sans doute été plus efficace que l’on calque le tracé sur les principaux axes de déplacement interurbains à motifs professionnels. Ainsi, pour désengorger Marseille, l’on aurait pu penser par exemple aux travailleurs qui habitent Aubagne, ou dans le sud-Var, ou encore les Aixois qui, meme s’ils bénéficient d’une ligne TER rénovée, seront encore très nombreux sur l’autoroute les matins et les soirs. Avec un tracé ainsi conçu, l’on aurait pu faire de cette LGV un début de RER régional… et donc un réseau rail à vocation inter-urbaine.

De là à dire que j’étais partisan du tracé sud… car ce dernier présente lui aussi de très nombreuses préoccupations, et particulièrement son impact sur le développement urbain de zones qui sont déjà fortement densifiées. Mais bon, en tout état de cause, quelque chose était imaginable, qui aurait été plus « pratique » pour les locaux que ce qui se dessine aujourd’hui.

 

Ensuite, le tracé nord est loin de faire l’unanimité, notamment parmi les élus. Et sans doute la plus virulente et la plus genante des opposantes est Maryse JOISSAINS, Présidente de la puissante Communauté du Pays d’Aix. Cette dernière n’a d’ailleurs pas tardé à donner le ton : elle exercera tous les recours judiciaires qu’il faut pour empecher la catastrophe.


Ne nous y trompons pas. Maryse JOISSAINS n’est pas subitement devenue écologiste. Son rejet de la LGV est essentiellement une posture politique, qui dévoile les failles béantes qui fractionnent en ce moment l’UMP régionale. Le système « Gaudin » ayant volé en éclats aux dernières municipales, les uns et les autres en profitent pour rouler des épaules et asseoir leur importance politique. Les niçois veulent imposer Christian ESTROSI comme le nouveau grand patron de la droite. Les varois veulent préserver la paix royale que l’on fout traditionnellement à Hubert FALCO, Maryse JOISSAINS et Renaud MUSELIER essaient de grappiller tout le surplus de pouvoir qu’ils peuvent espérer, dans le contexte purement départemental.

Mais tous ces intérets parallèles ne se recoupent pas forcément entre eux. Si bien que lorsque les envies de M. ESTROSI perturbent la tranquillité des maires du Pays d’Aix (et on les comprend), Maryse JOISSAINS sort de sa tanière et rugit. Mais croyez moi, tous ces grands élus se contre-fichent pas mal, sur le fond, de votre développement durable. Du reste, si Maryse JOISSAINS était soudainement devenue une grande aménageuse de notre territoire, nous le saurions, en Pays d’Aix : la Duranne ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui, le PDU et le PLU seraient en vigueur, la clinique du Montaiguet ne serait meme pas envisagé, la question des embouteillages vers la zone d’activité des Milles ne se poserait plus, et les gens seraient tout simplement heureux de vivre en Pays d’Aix… on est très loin du compte.




Quoiqu’il en soit, cyniquement, je me dis qu’ESTROSI va avoir du boulot à gérer Maryse JOISSAINS, et que vu la stupidité de ce projet depuis le départ, c’est déjà au moins une bonne nouvelle. Qu’elle l’épuise, comme elle a épuisé GAUDIN, et comme elle nous épuise nous, Aixois, au quotidien. Ca leur fera les pieds, aux barons de la droite sarkozyste locale !

 

Vu tout ce que cette LGV soulève comme tensions politiciennes à droite, je me dis que les élections régionales seront pleines de surprises (et d’enjeux !). Si jusqu’à présent, au Palais, l’Empereur pense à BARNIER pour mener la campagne – un ex-chiraquien consensuel et modéré, dont le passé à Albertville et la carrière politique nationale et européenne sont un sérieux atout – il se pourrait bien que son Altesse change d’avis si les choses se gatent pour l’ami ESTROSI… Déjà que, cerise sur le gateau, FILLON ayant taclé GAUDIN sur les intempéries, en retour, ce dernier s’est relancé très fortement sur le plan médiatique… les intérets du Maire de Nice sont désormais un peu plus menacés.


Or il se chuchote que l’idée de Nicolas Ier serait de créer, après les régionales, un nouveau « parti impérial » qui non-seulement assècherait l’UMP (où les contestations s’amplifient du coté des néo-chiraquiens), mais travaillerait à sa réélection en 2012… et que le role de Christian ESTROSI dans ce futur parti serait essentiel… c’est peut-etre de la politique-fiction (nooon ? siiiii….), mais vu sous cet angle, l’actualité politique prend une autre saveur, pas très agréable du reste.

  

        

      

Publié dans Archives

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HDP 17/01/2009 10:02

..... pourvu qu'elle arrive à son but dans le délai le plus court, et c'est bien sûr le tracé nord.Aix n'y perdrait pas au change, elle aurait une seconde gare TGV, qui peut dire mieux ?

Coucou 06 13/01/2009 20:48

Excellente analyse ! Ce que je pense, en mieux dit. Pour moi ce "LGV" n'est qu'une "liaison de connivence" entre le Roi Nicolas 1er et son Prince Estrosi, qui vise aussi les jeux olympiques, le (sur-)bétonnage des Alpes Maritimes, ect...etc... Par où passera cette future ligne, ils n'en ont vraiment que faire ... pourvu qu'elle arrive à son but !