Autisme social ou stratégie électoraliste ? La majorité présidentielle joue les deux !

Publié le par Benoit PETIT


Dessin du jour : Le déficit, universelle ...

Dessin de l'excellent DELIZE

Plus qu’une crise sociale, ce qu’expriment aujourd’hui les Français est avant tout une crise politique. Car bien que nous soyons tous concernés – et inquiets - par les vagues de licenciement, la baisse du pouvoir d’achat, les mises en liquidation de nos PME-PMI, l’absence de perspectives d’emploi pour les jeunes et les séniors etc… ne nous y trompons pas : notre colère est surtout orientée contre la politique d’un gouvernement qui, en fin de compte, ne prend aucune mesure adaptée à la situation… pire qui prend des mesures qui aggravent la situation !

 

Le malaise est portant évident. Il est une réaction à l’autisme démagogique de la majorité présidentielle dont le seul message est : « Nous vous avons compris, mais nous avons déjà pris les mesures qu’il fallait et nous n’iront pas au-delà »… C’est du reste tout le sens des déclarations de Bernard DEFLESSELLES (député UMP d’Aubagne-La Ciotat) dans la Provence : « Le gouvernement a tiré les conséquences de la première manifestation à travers le sommet social du 18 février. Cela devrait conduire à plus de sens des responsabilités et de sérénité. (...) le sommet social a cautérisé les plaies sur l'emploi et est venu en complément du plan de relance pour répondre à l'inquiétude. Cette manifestation n'est pas illégitime, mais quittons un peu le jeu de rôles qui consiste à dire systématiquement la phrase magique ‘le compte n'y est pas’. (…) Le gouvernement et Nicolas Sarkozy ont renoué les fils avec les problématiques sociales. Il y a eu des réponses très fortes concernant l'indemnisation de l'activité partielle, la prime forfaitaire de 500€ à ceux qui ont besoin d'un coup de pouce, la création d'un fonds d'investissement social ou la suppression d'acomptes d'impôts sur le revenu. Mine de rien, on parle de 2,6 milliards d'€. Peut- être qu'on n'est pas suffisamment bons, mais on ne peut pas dire qu'on ne fait rien. ».

Subtile, l’argumentaire. Mais la question n’est pas de savoir si le gouvernement a fait quelque chose ou pas (c’est quand meme la moindre des choses de « faire »). Elle est de savoir si ce qui a été fait va dans la bonne direction, c’est-à-dire si la politique du gouvernement depuis 2007 est en mesure de sortir les Français (classes populaires et classes moyennes) de la situation précaire dans laquelle ils se trouvent !! Nuance…  

 

Or il y a deux sources majeures d’inquiétudes liées à la politique économique et sociale de la majorité présidentielle ; deux sources d’inquiétude que l’UMP et ses satellites refusent de corriger, par dogme idéologique et par intérêt électoraliste.

Tout d’abord, le refus de jouer pleinement la carte de la « solidarité nationale » en cette période de grave crise sociale. Le bon sens voudrait en effet que lorsque l’ensemble de la Nation est frappée par la récession et l’appauvrissement de la majorité de ses membres, les plus riches soient mis à contribution un peu plus que d’habitude. « Impossible » nous répond Nicolas SARKOZY : la levée du « bouclier fiscal » – qui veut que les plus riches ne soient jamais imposés au-delà de 50% de leurs revenus – n’est pas négociable : « je n’ai pas été élu pour augmenter les impots »… Ben voyons. L’argument frise le « poujadisme » version « France d’en-haut », mais en tout état de cause, il contraint à faire peser l’essentiel de l’effort de solidarité nationale sur les classes moyennes, pourtant fortement mises à mal par la crise économique et sociale. L’obstination présidentielle est d’autant plus consternante qu’elle s’exprime quelques jours à peine après la publication des premiers chiffres du Ministère de l’Economie qui démontrent clairement que le « bouclier fiscal » n’a absolument pas eu pour effet de faire revenir les riches en France, et encore moins à les inciter à investir dans la création d’emplois et le sauvetage de nos entreprises en difficultés. Résultat des courses, par pure idéologie politique, les moyens de l’Etat sont tout « rikikis », comme le sont, par voie d’incidence, les solutions apportées : le peu de marges de manœuvres qu’il détient, le gouvernement l’affecte à l’aumone aux pauvres (la prime forfaitaire de 500€, l’aide aux chomeurs partiels, les allègements d’impots sur le revenu pour les plus précaires…), mais il lui est impossible d’agir plus globalement, notamment sur les classes moyennes… CQFD…

Ensuite, le refus d’imposer des contreparties « contraignantes » sur les grandes entreprises de notre économie, pour faire naître l’exigence éthique au sein des Marchés. Le gouvernement prete certes beaucoup d’argent aux banques, ose leur demander pieusement et naivement d’éventuellement renonçer à leurs « bonus » (s’ils le veulent bien), mais pas question pour l’Etat de prendre des participations substantielles dans leur capital… pourtant, c’est le seul moyen (en dehors de la Loi) pour la collectivité nationale d’imposer des comportements socialement éthiques aux actionnaires, notamment dans un secteur où c’est justement cette absence d’éthique qui nous a mondialement mis dans la panade. Meme philosophie dogmatique face à ces grandes entreprises qui licencient massivement – ou qui détruisent des emplois – alors meme qu’elles dégagent des bénéfices impressionnants : aucune réaction législative ou réglementaire de la part de la majorité présidentielle pour faire cesser ce genre de provocations… tout au plus envoie-t-on dans les médias Laurent WAUQUIEZ, Ministre de son Etat, afin qu’il « dise » toute son indignation, mais pas plus !    

 

La politique économique et sociale du gouvernement est simple : préservons les intérets des plus riches, matraquons les classes moyennes, et donnons la charité aux plus pauvres… mais surtout, surtout, communiquons dans les médias comme si nous étions « de gauche », comme si nous étions des indignés-impuissants (la crise mondiale a bon dos), comme si nos paroles généreuses pouvaient cacher nos convictions idéologiques pro-« ultra-riches ».

 

La feinte ne prend plus. Les Français ne sont pas dupes, et c’est bien contre cette « mascarade » politique qu’ils défilent dans la rue. Ce n’est pas etre anticapitaliste ou néo-marxiste que de réclamer un minimum de Justice sociale dans ce pays ! Ce n’est pas faire l’escalade avec BESANCENOT que de demander à ce que les plus riches soient mis à contribution pour aider les autres lorsqu’ils sont exposés socialement ! Ce n’est pas etre démagogique que de réclamer, au sein de l’Economie de marché, plus d’Economie sociale, plus de Responsabilité sociale des entrepreneurs, plus d’éthique dans les comportements économiques !

En revanche, c’est faire le lit du « Nouveau Parti Anticapitaliste » que de rester les bras croisés à regarder les grands actionnaires de ce pays compter les dividendes qu’ils dégagent sur le dos des classes moyennes et populaires… mais peut-etre est-ce cela, la stratégie Elyséenne en vue de 2012 : faire monter BESANCENOT et la « gauche anticapitaliste », afin que cela réduise le socle électoral du PS, et donne de facto plus de marges de manœuvre à Nicolas SARKOZY pour se faire réélire en pleine crise économique et sociale… La technique est bien connue en France : laisser « pourrir » la situation pour que les « ennemis » de ses « ennemis » nous offrent le pouvoir sur un plateau… se faire réélire par défaut a finalement la meme valeur dans notre système que de se faire réélire par adhésion. Mieux, c’est une voie plus facile à emprunter.

 

En attendant, les classes moyennes et les classes populaires continueront à sombrer, dans l’indifférence gouvernementale et présidentielle la plus évidente ! Les Français le savent… ils le disent aujourd’hui dans la rue… et avec un peu de chances, ils ne se laisseront pas duper par le piège politicien que leur tendent le Président et sa majorité pour 2012 : ils éliront peut-etre enfin quelqu’un qui ne jouera pas avec leur condition sociale ! "REVE GENERAL !!"

 

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