SARKOZY en Pays d'Aix : le néo-conservatisme subtile de la "tirade de Venelles"

Publié le par Benoit PETIT


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Le passage, hier, du Président de la République en Pays d’Aix a été une (énième) démonstration de son entetement déraisonnable. Pétries dans les dogmes « traditionnels » d’une droite néo-conservatrice et néo-classique, les paroles du Chef de l’Etat ont été celles d’une politique sans compréhension ni compassion sociales ; une politique qui, à défaut de pouvoir incriminer les puissants et leurs abus, stigmatise les plus faibles et leurs actes de désespoir et de révolte ; une politique qui considère que la menace répressive est l’outil par lequel s’établit l’ordre social (pour ne pas dire l’ordre moral). Cette constance idéologique du Président, réaffirmée hier en Pays d’Aix, permet sans doute de mieux comprendre les raisons pour lesquelles les relations entre Nicolas SARKOZY et Barak OBAMA sont à ce point tendues : chaque fois que l’Elysée s’exprime, le spectre des années « Bush » n’est jamais bien loin. En tout cas, « la France d’après la crise » qui transparait des discours de Nicolas SARKOZY ressemble étrangement à « l’Amérique d’avant la crise » contre laquelle OBAMA s’est érigé… Autant dire que les prochaines années s’annoncent difficiles, pour nous, Français.

 

Prenons, par exemple, la « tirade de Venelles » que le Président de la République a habilement joué contre ceux qui se hasardent à séquestrer leurs patrons, au nom de leurs revendications sociales. Oui ! Ce type d’action syndicale est contraire à la Loi, à l’Etat de Droit et aux principes élémentaires des Libertés individuelles. Et parce qu’elle remet en question le « pacte social », cette forme de désobéissance civile produit, d’une manière générale, de l’injustice sociale (notamment à l’égard de ceux qui, eux, mènent leurs luttes sociales dans le respect de la Loi). En cela, le message de Nicolas SARKOZY véhicule des évidences qui, parce qu’elles sont des évidences justement, accrochent l’adhésion de l’opinion.

Mais si le message présidentiel est difficilement contestable sur le fond, il l’est en revanche quant à son opportunité et à sa finalité. Personne n’attendait du Président qu’il « excuse » ou qu’il « atténue » l’importance des actes de séquestration. Mais l’on pouvait néanmoins espérer une analyse plus poussée de la situation, c’est-à-dire une analyse qui recherche et qui dénonce les racines de cette désobéissance civile : les licenciements malgré les profits, le non-respect des engagements sociaux, la menace d’une précarité socialement injuste, l’autisme de certains patrons qui refusent le dialogue social, leurs « indélicatesses » au quotidien… bref, le constat que dans certaines entreprises, certains décideurs et manageurs pratiquent des comportements sociaux abusifs, lesquels comportements – lorsqu’ils sont associés à une absence de perspectives positives - conduisent à la radicalisation de l’action revendicative. Ces évidences là, le Président s’est contenté de les survoler par un très laconique « on peut comprendre la colère des gens, mais… ».

Deux options « politiques » s’offraient à Nicolas SARKOZY. Il pouvait tout d’abord dire : les séquestrations sont inacceptables au regard de l’Etat de Droit, si bien que pour éviter qu’elles se perpétuent, nous allons lutter plus activement contre les comportements sociaux abusifs qui les engendrent, lorsqu’ils existent. Il a préféré dire : les séquestrations sont inacceptables, si bien que nous devons sanctionner lourdement (à titre d’exemple dissuasif) ceux qui les pratiquent… En d’autres termes, pour préserver l’ordre social, il faut s’attaquer à ceux qui se révoltent, plutot que de s’attaquer aux causes de ces révoltes (l’absence d’éthique économique et sociale). Autant dire quand dans cette approche de la société, les injustices qui mettent les Français les plus désespérés en colère auront tout loisir de prospérer !

 

La « tirade de Venelles » induit une seconde préoccupation, que l’on pouvait déjà déceler dans les discours officiels des responsables de la majorité présidentielle. Face à la grogne populaire grandissante, la droite s’évertue à dire que cette grogne s’abat injustement contre tous les patrons, alors meme que les actes abusifs dont les médias se sont fait l’écho ces dernières semaines, ne sont finalement le fait que de quelques uns : « l'immense majorité des chefs d'entreprise souffre de la crise et se comporte formidablement bien ». C’est vrai ! Puisque là encore, c’est une évidence que personne ne conteste. Ce qui est faux, en revanche, c’est d’interpréter la colère sociale comme un désaveu du patronat dans sa globalité. L’injustice par l’assimilation, c’est la droite qui le dit, mais ce n’est pas ce que ressent et pense le pays. Sa colère – sa « juste colère », comme dirait l’autre – est orientée contre ceux qui, en cette période de crise grave, agissent hors du cadre de l’éthique et de la solidarité, qu’ils soient patrons ou ouvriers !

Au-delà des raisons électoralistes qui poussent le Président à s’imposer comme le défenseur d’un patronat incompris et injustement conspué, d’autres raisons plus idéologiques expliquent ce passage de la « tirade de Venelles ». Il s’agit de réintroduire, dans les champs politique et social, la matrice de la lutte des classes. Et sans doute faut-il comprendre l’assimilation qui est faite à l’aube des précédentes déclarations du pouvoir sur « l’ultra-gauche » (affaire Julien Coupat) ou encore sur les « casseurs issus du mouvement anti-capitaliste » (G20 et Strasbourg) ; dans le meme esprit, sous l’éclairage de la « montée » médiatique subite d’Olivier BESANCENOT… Car pour imposer un projet de société « néo-conservateur », il faut d’abord identifier (ou inventer de toute pièce, selon le cas) la menace contre laquelle ce projet constitue une alternative. Hier, c’était la « menace terroriste » qui justifiait le « Patriot’s Act » de BUSH ; aujourd’hui, et en ce qui concerne la France, ça pourrait etre le renouveau de la « menace marxiste »…

Tout ceci est parfaitement absurde, biensur. Et de la meme manière que l’immense majorité des patrons se comportent bien, l’immense majorité des salariés se comportent tout aussi bien. Mieux, il y a eu moins de cas de « séquestrations » inacceptables, que de scandales éthiques dans le monde des décideurs économiques… on aurait sans doute aimé entendre le Président le rappeler. Si clivage il y a dans la société, ce n’est pas celui qui oppose les capitalistes aux anti-capitalistes,  les patrons aux salariés/ouvriers, la droite à la gauche ; au risque de me répéter, le clivage réel qui se dessine est celui qui oppose ceux qui exigent plus d’éthique économique et sociale, à ceux qui veulent maintenir le statu quo passé et présent. Les lignes ne sont absolument pas les memes !

 

Si les thèmes de la visite de Nicolas SARKOZY en Pays d’Aix étaient l’innovation et la Recherche – thèmes sur lesquelles plusieurs réformes ont été suggérées (principalement orienter une plus grande partie de l’ISF vers l’investissement dans les entreprises, et placer les Universités en zones franches pour inciter les étudiants à créer leur entreprise) – l’occasion était trop belle pour diffuser subtilement la rhétorique et la substance idéologique du projet néo-conservateur : ignorance des racines économiques et sociales du désordre social (préservation du système actuel) ; réintroduction de la menace « marxiste » dans le débat public (construction d’une menace contre le système actuel) ; à quand le recours à la répression et à la restriction des comportements collectifs hostiles au système (le fichier « Edwige » et la loi « Hadophi » n’ayant été que des prémisses, initiés sans doute pour « tester » le degré d’opposition des Français à ce type d’évolution sociétale).

J’ai toujours pensé – et le pense encore plus fort aujourd’hui, après cette « tirade de Venelles » - que le problème du sarkozisme n’est pas tant de promouvoir une politique économique anti-éthique (l’application des principes les plus structurants du libéralisme néo-classique malgré un discours faussement teinté de « régulationite » rassurante). Il est d’utiliser le désordre social engendré par cette politique anti-éthique pour asseoir un projet de société restrictif des libertés individuelles et collectives, absorbé par le moralisme religieux (la laicité positive), et qui consolide les connivences qui unissent déjà les décideurs politiques, économiques et religieux. Bref, ce que la « tirade de Venelles » nous apprend, c’est que Nicolas SARKOZY entend plus que jamais réussir là où George BUSH fils à échoué : installer durablement une société où les gens seront des consommateurs dociles de la politique, de l’économie et de la religion.

La seule chose d’utile que nous puissions faire dès à présent, c’est chercher notre OBAMA français pour 2012, c’est-à-dire celui qui pourra rompre avec ce projet néo-conservateur, et lui substituer un projet éthique, solidaire et démocrate, qui soit fondé sur l’objectif d’une économie sociale de marché… bref, qui nous fera oublier cette désastreuse « tirade de Venelles ».     

 

 

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Thy Wanek 13/04/2009 16:10

J'entends bien. Mais méfiance : les jeux de la communication et des images sont périlleux ...

Thy Wanek 11/04/2009 15:59

Par pitié Benoit ! Pas d'Obama français ! Juste le Président qu'il faut ! Ca sera déjà pas mal !...

Benoit PETIT 12/04/2009 12:11


Par OBAMA français, je voulais juste dire quelqu'un qui sent les besoins de son Peuple contre les dogmes économiques et sociaux en place, et qui soit capable de rompre avec le sarkozisme dans ses
fondations....


CASTRONOVO 09/04/2009 13:16

Sarkozy fait son tour de France en empruntant des itinéraires bis balisés. Sur son passage, il ne veut plus voir que ses supporters et ses courtisans encartés. Il coupe ainsi le pays en deux au risque de susciter des affrontements. C'est peut-être son but en effet pour restreindre nombre de libertés publiques. Le retour de flamme pourrait lui en cuire... si une mèche hors contrôle venait à s'embraser spontanément. 

mina 09/04/2009 10:31

il nous viendra peut être ( et j'espère) tout droit des Etats Unis ...!!!