HOLLANDE, BAYROU... et les autres progressistes ?

Publié le par Benoit PETIT


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La (récente) sortie médiatique de François HOLLANDE – lequel demande aux socialistes d’étudier leurs convergences avec le MoDem et d’en tirer toutes les conclusions électorales –  annonce-t-elle l’évolution tant attendue du Parti Socialiste, aussi bien sur les plans tactique et doctrinal ? En tout cas, l’appel de HOLLANDE est loin d’etre anodin : il annonce le basculement de tout un pan du PS vers le « post-jospinisme » (chose d’autant plus intéressante qu’elle concerne quelques uns des plus fidèles compagnons de Lionel JOSPIN).

Par « jospinisme », je vise une doctrine politique qui veut que l’alternance à la droite soit incarnée par l’ensemble de la gauche « gouvernementale »  (en gros PCF, Verts, PS et PRG), peu importe les divergences profondes qui opposent toutes ces « familles » de la gauche ; les incohérences initiales sont atténuées par le leadership du projet et des dirigeants socialistes, les autres partis n’ayant la possibilité que de faire pression soit pour bloquer une idée qui les heurte, soit pour promouvoir une idée qui les caractérise. Le « jospinisme » est donc, en quelques sortes, la social-démocratie mise sous la surveillance permanente des anti-capitalistes de gouvernement.

 

Le « jospinisme » pouvait avoir du sens jusqu’en 2007. Car jusqu’à cette date, le paysage politique était segmenté en deux : le PS et ses partis inféodés, et l’UMP et ses partis inféodés. Il n’y avait qu’un seul pouvoir, pour qu’une seule opposition. En outre, l’anti-capitalisme était moins exacerbé dans les consciences de gauche, ce qui finalement conduisait le « jospinisme » à n’etre qu’un arbitrage entre plusieurs degrés de social-démocratie possibles.

Aujourd’hui, le « jospinisme » n’a plus de sens. D’une part parce qu’une partie de la gauche et de la droite s’est émancipée du « parti grand frère », pour former une force politique nouvelle et autonome (le Mouvement Démocrate). Si certains (dont François HOLLANDE) sont restés longtemps sceptiques face à la capacité du MoDem à s’ancrer durablement dans le paysage politique français, force est de constater que c’est le cas : le parti de François BAYROU occupe un espace dont le noyau dur électoral oscille entre 10 et 15% (les européennes devant confirmer cet état). D’autre part, parce que la gauche anti-capitaliste s’est ressourcée idéologiquement et affirme à son tour son autonomie (contre le PS, en ce qui la concerne). Or dans ce contexte, force est de constater que les anti-capitalistes « compatibles » avec le PS (le Parti de la gauche de MELANCHON, le PCF de BUFFET et la faction dominante des Verts) ne pèsent plus très lourds dans les urnes (tout au plus 6-7%). Le calcul est alors vite fait : vaut-il mieux s’allier avec une force d’opposition qui pèse entre 3 et 7%, ou qui pèse entre 10 et 15% ?? Si ces hypothèses devaient se confirmer, cela vaut bien d’abandonner l’argument (stérile) selon lequel une partie du MoDem vient de la droite… il vaut mieux retenir, finalement, qu’une partie de la gauche se retrouve derrière François BAYROU.

Et puis si effectivement – comme je l’ai souvent écrit dans ce blog – le nouveau clivage qui s’impose malgré les partis est bien celui des « progressistes » contre les « néo-conservateurs » - en tout cas parmi les partis de gouvernement – alors il faut cesser de penser selon l’ancien clivage « gauche » contre « droite ». La social-démocratie n’est pas la propriété du PS ; elle n’est surtout pas la seule famille de pensée qui incarne le progressisme.

 

C’est là, finalement, la seule limite (mais au combien fondamentale) que je note dans la démarche de François HOLLANDE. Envisager l’alliance avec le MoDem – et donc la rupture avec la gauche anti-capitaliste de gouvernement – c’est bien. Mais refuser le dialogue avec d’autres progressistes, de droite en l’occurrence, c’est amputer les chances de réussite à l’alternance aux conservateurs. Je ne dis pas que les progressistes socio-démocrates (du PS et du MoDem) tomberont d’accord avec les progressistes de droite (les chrétiens-démocrates, une parti des gaullistes). Je dis simplement qu’il faut discuter pour savoir si une alliance cohérente est possible, et évacuer les a priori qui découlent de l’ancien clivage.

 

François HOLLANDE n’a pas franchi ce pas, à la différence de François BAYROU. Le premier a donc compris l’intérêt électoral d’une alliance avec le MoDem, mais il n’a pas admis le dépassement du clivage « gauche–droite ». Cela dénote, à mon sens, une erreur de diagnostic lourde de conséquences, car cela dénie l’importance de la menace « néo-conservatrice » sur la République. C’est trop simple – et cela fait d’ailleurs le lit des néo-conservateurs français – que d’assimiler les chrétiens démocrates, les gaullistes, les libertariens et les néo-conservateurs.

L’alliance du PS avec le MoDem n’est donc pas encore une évidence politique, loin de là. Elle reste néanmoins envisageable, pour peu que le PS réalise les changements qu’implique l’élection de Nicolas SARKOZY en 2007. Le problème n’est pas, n’est plus comme avant, le fait que l’on a un Président de la République de droite. Le problème est que nous avons un Président néo-conservateur, qui utilise son mandat pour saper les fondements de notre idéal républicain, et que s’il est réélu en 2012, cet idéal républicain pourrait bien disparaître définitivement. Espérons que le dialogue HOLLANDE-BAYROU aboutisse à une méditation profonde sur ces enjeux !!

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