Benoit PETIT, 32 ans - Aix

 

 

Me connaitre

Samedi 25 juillet 2009 6 25 /07 /Juil /2009 10:28

 

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En attendant que les juridictions administratives se prononcent définitivement sur le recours introduit par Alexandre MEDVEDOWSKY, quittons un instant la vie politique Aixoise pour nous intéresser à la vie politique nationale... Depuis les européennes, les remous sont incessants et de nombreuses questions se posent qui concernent une éventuelle recomposition du paysage politique national en vue des élections présidentielles de 2012. Vaste sujet ! Mais au combien fondamental. L’heure est sans doute venu pour les militants d’imposer aux partis qu’ils y réflechissent sérieusement. Voici ma petite pierre…

 

Le point de départ de mon analyse est simple : nous vivons une nouvelle « ère politique » qui nécessite des mutations profondes du paysage politique.

 

Jusque dans les années 2005-2007 (c’est-à-dire jusqu’à l’avènement du « sarkozisme »), les choses étaient bien établies. La France était dominée par un clivage « gauche-droite » traditionnel, dont les fondements étaient l’opposition entre deux « familles de pensée économique et sociale ». Ces oppositions existent toujours, mais la grande nouveauté est qu’elles ne sont plus aussi centrales qu’alors. Car tout le sens de l’élection de Nicolas Sarkozy est de proposer – et de mettre en œuvre – un nouveau « projet de société » qui, à bien des égards, est en rupture avec celui, plus modéré, que défendait la droite chiraquienne. Entièrement atlantiste, hostile envers certains principes républicains qui jusqu’alors faisaient consensus (le principe de laïcité, le principe d’égalité, la neutralité institutionnelle de la Présidence de la République…), le « sarkozisme » a entièrement redessiné les lignes. Et il n’est pas si surprenant que cela de constater que certains qui étaient avant ‘à gauche’ pour des raisons économiques et sociales, se retrouvent dans la majorité présidentielle pour des raisons sociétales (et inversement, que certains qui étaient avant ‘à droite’, se positionnent aujourd’hui en dehors de la majorité présidentielle).

Le « sarkozisme », en tant que projet politique dominant dans ce pays, n’est rien d’autre que la fédération de toutes les sensibilités conservatrices, d’où qu’elles viennent. Certes, la majorité qu’elle constitue s’appuie en grande partie sur les forces libero-libertariennes (pour faire court, les anciens amis d’Alain Madelin) mais depuis la crise financière, chacun entrevoit clairement que l’influence de cette école de pensée économique n’est pas aussi structurante qu’on pouvait le croire… Non, ce qui est intangible dans le « sarkozisme », c’est le rapport aux valeurs morales et religieuses, c’est le rapport aux politiques répressives, c’est la tentation du contrôle (et de la confiscation) des informations, c’est la défense d’une approche de la société qui est hiérarchisée, monarchique et en tout cas, entièrement tournée vers le « culte » du Chef et de son omni-présidence, c’est l’envie frénétique et systèmatique de casser tous les contre-pouvoirs qui entravent la propagation du projet conservateur.

 

La « droite économique et sociale » traditionnelle n’est plus une référence de clivage. Le « sarkozisme » l’a fait voler en éclat pour lui substituer le « conservatisme »… et c’est tout le problème de la gauche et du centre aujourd’hui.

 

Problème pour le « Mouvement Démocrate » d’abord. Car si nous avons sans doute compris avant les autres que nous nous battions désormais contre le camp des conservateurs, dans le cadre d’un clivage nouveau, nous n’avons pas encore tiré toutes les conclusions qui s’imposent. En termes de projet tout d’abord, puisque sur ce terrain là nous sommes toujours « bloqués » au point de départ, c’est-à-dire le rejet du « sarkozisme »… que proposons-nous à la place ? En tout cas, rien de visible et de tangible pour les Français. En termes de conception du parti ensuite, puisque finalement, nous avons tendance nous aussi à verser un peu trop facilement dans le « culte » du Chef Bayrou. On ne peut pas sérieusement incarner une alternative à un camp si l’on reprend à son compte leurs pratiques et leurs conceptions organiques. Il faut être cohérent jusqu’au bout.  

Pour autant, le « Mouvement Démocrate » a toutes les ressources qu’il faut pour corriger le tir. En termes de projet, les sensibilités internes venant du ‘développement durable’ et de ‘l’écologie politique’ sont porteurs d’un projet de société complètement neuf, qui renouvelle toutes les conceptions économiques, sociales et sociétales ; les sensibilités venant de la gauche sont porteuses d’un projet social-démocrate résolument moderne, et en tout cas inédit en France ; quant aux sensibilités venant du centre-droite, elles sont forces de proposition en matière de réforme institutionnelle et de politique économique qui conduisent vers une autre République… Toutes ces contributions sont complémentaires, et pour peu qu’on veuille bien les laisser s’exprimer, un projet de société alternatif et positif peut très rapidement voir le jour face au sarkozisme. Ce projet, nous l’avons tous en nous… il ne demande qu’à sortir !

En termes de rapport au « leadership » ensuite. La ‘claque’ des européennes a, d’évidence, provoqué une forte remise en question de nos pratiques internes du pouvoir. Tant mieux. Et s’il est encore trop tôt pour dire que les choses ont réellement changées au niveau des instances nationales, la question n’est plus taboue nulle part dans le parti. Or se poser une question, c’est déjà commencer à y répondre. Reste à définir ce que nous sommes, au MoDem : un parti politique qui entend œuvrer durablement pour l’alternative aux conservateurs ? Ou une écurie de militants qui ne travaille qu’à l’élection d’un homme, aussi talentueux soit-il ?

 

Problème ensuite pour le Parti Socialiste, mais problème d’une autre nature selon moi. Il semblerait que le PS a encore beaucoup de mal à admettre que le clivage structurant la vie politique à changé. L’opposition qu’ils déclinent est encore trop axée sur les politiques économiques et sociales, et insuffisament sur les questions de société. Les ténors socialistes sont, pour la plupart hélas, encore branchés sur le logiciel de la « gauche et de son rassemblement », alors qu’ils devraient l’être sur le logiciel « rassemblement de tous les progressistes ». S’ajoutent à cela les tensions internes entre les personnalités « leaders » (tensions sur lesquelles il n’est pas besoin d’épiloguer) et les difficultés pour ce parti d’acter la rupture idéologique avec les forces de la gauche anti-capitaliste.

Mais là encore, l’espoir est permi. A lire les déclarations de la jeune génération de leaders (Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon…), à observer attentivement le travail difficile que réalise Martine Aubry pour ouvrir le PS aux débats de société, et à voir les révolutions stratégiques que certaines fédérations départementales engagent sur le terrain – et je pense tout naturellement à la Fédération 13 – l’on sent poindre, doucement mais surement, l’évolution que les Français attendent. Tout n’est pas réglé, loin s’en faut (notamment les querelles de personnes, le réflexe de l’union exclusive de la gauche…) mais une dynamique est en cours qui, si elle est soutenue dans les mois qui viennent, devrait aboutir à un net progrès.

 

Tout cela pour dire que la bataille de 2012 n’est pas perdue d’avance, loin s’en faut. Qu’en revanche, pour la gagner, il va falloir encore beaucoup travailler.

 

Travailler à faire émerger le camp des « progressistes », dans une cohérence programmatique qui respecte les valeurs et l’histoire de ses acteurs, leurs nuances et leurs identités aussi, mais qui est capable de proposer un projet de société alternatif et positif à celui des conservateurs. Démocrates, socialistes, écologistes, radicaux, chrétiens-démocrates, gaullistes de gauche… nous devons parler de République, de Laïcité, d’Egalité. Nous devons nous battre ensemble sur les fronts de la condition féminine, de la Justice, des contre-pouvoirs, de la jeunesse, de l’environnement et de la santé, de l’Europe. Nous devons nous retrouver autour d’une même table pour dessiner la société que nous voulons demain, même si cela implique des désaccords à dépasser, même si cela implique une « image partisane » que nous devrons casser, même si cela implique de renoncer aux ambitions personnelles de nos petits « chou-chous » lorsqu’elles ne sont pas exclusivement fondées sur la défense d’idées pertinentes et fédératrices.

 

Le piège du « sarkozisme » est d’avoir laissé ses opposants dans le mirage d’un passé qui n’est plus. Ils ont changé la donne, nous devons nous mettre à notre tour à la page. Nous en avons les ressources. Des ponts entre nous, ponts que nous ne soupsonnions pas jusqu’à peu, existent et nous devons les consolider… D’une certaine manière, voir d’une manière certaine, c’est le principal enseignement de l’élection aixoise (on y revient toujours lol).

 

D’où que nous venions, quels que soient nos engagements partisans, dès lors que nous nous positionnons dans le camp des progressistes, notre seule et unique responsabilité est de rendre possible l’alternance aux conservateurs… à défaut, nous compromettrons l’avenir de nos concitoyens, car une chose est sure : le projet politique des conservateurs est un danger pour les Peuples (cf. les années « Bush » aux US, les années « Berlusconi » en Italie, etc…).  

 

     

Par Benoit PETIT - Publié dans : Archives
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