Les nouveaux indicateurs économiques... le seul point de départ possible !!

Publié le par Benoit PETIT


Climat - Changeons d'indicateurs



Le « contre-feu » médiatique de la grippe H1N1 est certes efficace pour créer la psychose sanitaire dans le pays, mais se révèle en revanche inefficace à faire oublier l’énorme crise économique et sociale qui fout tout notre système mondial en l’air. Le capitalisme est à réinventer, d’urgence, et ce ne sont pas quelques masques et beaucoup de vaccins qui changeront le problème. Nous devons apprendre, tous ensemble, à produire et à consommer différement. Nous devons aussi bouleverser notre manière de concevoir et de comprendre le processus économique. Ces enjeux là sont sur la table. Et c’est pour leur trouver des solutions concrètes que la communauté internationale s’apprète à se rencontrer dans les prochaines semaines (G20, Sommet de Copenhague…).

 

Quel que soit le degré de confiance – faible ou fort - que nous pouvons avoir dans les grands de ce monde pour changer efficacement les règles du jeu du capitalisme, le fait déjà d’en parler est en soi un progrès notable. Car le système, malade depuis au bamo 30 ans, n’a jusqu’à présent jamais été remis en question sérieusement par les Gouvernements. Ceux qui parlaient hier d’écologie, de lutte contre la pauvreté ou encore d’éthique du marché étaient considérés commes des affreux gauchistes, en tout cas des penseurs peu sérieux (voir dangereux). Aujourd’hui, ils sont repris par tout le monde : politiques, médias, philosophes… même le Pape Benoit XVI y est allé de sa petite encyclique (« L’amour dans la vérité »… tout un programme) vert-éthico-sociale. Ouf ! L’opinion publique dans son ensemble est visiblement prète à aborder enfin les choses sérieuses. Il était plus que temps !!

 

Depuis longtemps, nous savons ce que nous devons changer. Nous savons que les ressources planétaires sont limitées et que demain, si nous voulons éviter la banqueroute énergétique, alimentaire et écologique, il est indispensable de produire moins, et en tout cas à partir de ressources renouvelables. Nous savons également que la pauvreté mondiale (qui débute à nos portes) leste toutes nos capacités de développement : redistribution abusivement inégale des richesses, stimulation des violences (sociales, politiques, physiques), affolement de la démographie mondiale… Mais nous savons aussi que le problème n’est pas le système capitaliste en soi, et encore moins son principe d’économie de marché. Le problème – n’en déplaise aux anti-capitalistes – ce sont les Hommes qui mésutilisent le système, qui pervertissent ses logiques par leurs comportements orgueilleux et cupides, qui pensent que leur seul vocation sur cette Terre c’est la domination. Domination de la nature. Domination des autres Hommes. Domination de toutes les consciences et les idées. Inutile de détourner l’attention sur le modèle capitaliste… commençons déjà par admettre que NOUS sommes le problème.

 

Je crains fort que ce n’est pas dans cet état d’esprit que nos dirigeants abordent leur agenda international. L’on sent poindre en effet chez les Gouvernements des pays riches, et (hélas) principalement en France, l’idée selon laquelle il faut avant tout coller quelques rustines fluorescentes ci et là – la lutte contre les paradis fiscaux, l’encadrement des abus financiers (et encore…), la sous-taxe carbone… - mais surtout ne pas imposer, de façon drastique, des comportements éthiques et responsables aux acteurs du marché et aux Etats. Ca sent manifestement le gros brassage de vent, destiné sans doute à nous endormir (et si ça marche pas, on leur foutera une petite psychose sanitaire, histoire de calmer tout le monde par la peur).

 

Alors par quoi devons-nous commencer la vraie mutation du capitalisme qui sauvera (peut-être) l’Humanité de sa médiocrité ? L’établissement de nouveaux indicateurs économiques, rien d’autre ! Parce que de là découle tout le reste : le développement durable.

Je sais : le développement durable, à force d’en parler à tout bout de champ, ça n’a plus vraiment beaucoup de sens concret. C’est au mieux une préoccupation écologique. Au pire un slogan pour animateur de TF1 en quête de célébrité politique. Et bien justement. Il serait peut-être temps de donner un peu de consistance à ce concept juridico-économique, histoire de ne pas rester au stade du « potentiel » ou du « médiatique ». La réflexion sur les nouveaux indicateurs économiques le permet !

 

Pour rassurer tout le monde, l’idée est très sérieusement prescrite par certains de nos Prix Nobels (pas ceux qui ont conçu le système actuel...) et ce serait une bonne chose que notre classe politique s’en saisisse. CAP21 vient de poser le sujet sur la table, avec notamment un site spécifiquement dédié (cliquez ici). Espérons que les démocrates, les écologistes et plus généralement tous les progressistes suiveront cette voie.

 

Mais au fait : nouvel indicateur économique… ca veut dire quoi, concrètement ? Ca veut dire qu’au lieu de considérer – comme nous le faisons tous jusqu’à présent  - que seule la quantité est un critère de définition du processus économique (Combien je produis ? Combien je consomme ?), nous devons désormais adjoindre le critère de la qualité (Ce que je produis. Ce que je consomme. Leurs coûts sur la société).

En d’autres termes, si le capitalisme reste soumis au mécanisme production-consommation, ce mécanisme devient maitrisable par l’exigence éthique. Et ca, ca change tout. Ca veut dire que l’on va se donner les moyens de lutter efficacement et rapidement contre la pauvreté, l’épuisement des ressources naturelles et la qualité de la vie.

 

Les Français veulent du progrès social et environnemental ? Ils ont raison. Les nouveaux indicateurs économiques sont la réponse à leur besoin légitime.

Une partie de la gauche, les démocrates et les écologistes veulent trouver un projet commun réellement alternatif à la soupe sarkoziste ? Ils ont raison eux-aussi. Les nouveaux indicateurs économiques sont, là aussi, la réponse à leur démarche.

 

Et si on commençait à faire de la politique sérieusement, pour une fois ?

Publié dans Archives

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article