Le "bon" Roi René ?!?... un imbécile cupide et bling-bling, surtout.

Publié le par Benoit PETIT




Tandis qu’Aix et l’Anjou fêtent cette année les 600 ans de la naissance du « bon Roi René », je ne peux m’empêcher de penser que le temps fabrique des légendes qui ne le méritent pas. Car René d’Anjou, Comte de Guise, de Provence et de Forcalquier, Duc de Bar, de Lorraine et d’Anjou, Roi de Naples, d’Aragon et de Jérusalem n’était certainement pas le personnage que l’opinion aixoise célèbre aujourd’hui. Du reste, si légende il y a, elle prit naissance tardivement, plus d’un siècle après sa disparition, notamment par l’effet du panégyrique romanesque que lui consacra César de Notredame (« Histoire et Chronique de Provence »)… mais la réalité de l’Histoire est toute autre : le Roi René était un souverain désastreux, un piètre guerrier qui perdit presque toutes ses possessions, un Comte de Provence qui ruina son peuple pour satisfaire les moindres de ses caprices.

 

Lorsque René naît le 16 janvier 1409, la Provence n’est pas encore rattachée au Royaume de France. Elle est partie intégrante du Saint Empire Germanique, et est étroitement associée au Royaume de Naples que la Maison d’Anjou dirige. Elle est surtout laminée par des années de pillages et de violences (en plus de la peste) puisque lorsqu’en 1384 la Reine Jeanne I décède, une guerre de succession sanglante oppose d’une part son fils adoptif Louis, duc d’Anjou (grand-père de René), et  d’autre part son cousin Charles, duc de Durazzo. Si la famille de ce dernier parvient immédiatement à s’imposer sur le Royaume de Naples, en Provence c’est Louis d’Anjou qui tient la couronne comtale, et ce malgré une contestation sévère des provençaux, majoritairement favorables au parti de Charles (cette fronde est aujourd’hui désignée sous le nom d’« Union d’Aix »). Autant dire que le contexte géopolitique de cette époque est fluctuant !

 

Même si, en qualité de cadet, René n’est pas l’héritier de son père, il est néanmoins un personnage important de la scène politique européenne. Duc de Guise en 1417, puis duc consort de Lorraine et duc de Bar en 1420, ses possessions sont essentielles dans le dispositif géopolitique de l’époque. Nous sommes en pleine Guerre de Cent ans, et la famille d’Anjou est un soutien de poids du souverain français. Mais malheureusement pour son camp, René est surtout un mauvais stratège militaire… si mauvais qu’il perd ses terres de Guise en 1425, et ses terres de Lorraine en 1431, au profit des alliés des Anglais, et notamment le duc de Bourgogne. Ce dernier parvient même à capturer René, et le détiendra en otage jusqu’en 1436.

En 1434 et 1435, alors qu’il est encore prisonnier de ses ennemis, le destin politique de René bascule. La mort sans postérité de son frère Louis, et le testament de paix de la Reine Jeanne II de Naples, le parachutent en effet Comte de Provence et Roi de Naples, faisant ainsi du prince-otage un personnage encore plus important qu’il ne l’était lors de sa capture… Mais les héritages ne changent rien à l’affaire : René reste un militaire affligeant, si bien qu’en 1442 (soit moins de 7 ans après son accession au trône), il perd définitivement le Royaume de Naples face aux assaults du Roi d’Aragon.

 

Fort heureusement pour tout le monde, le « Roi » René était meilleur diplomate que belligérant, et il lui faut reconnaître d’avoir été pour beaucoup dans la fin de la Guerre de Cent ans. Installé en Anjou en juin 1443, il entama au nom du Roi de France et de ses partisans des négociations avec les Anglais qui aboutirent à une trêve l’année suivante, ainsi qu’au mariage de sa fille Marguerite avec le Roi Henri VI d’Angleterre (lequel lui restitua une partie de ses terres). Il maria également son autre fille, Yolande, à son cousin Ferry de Vaudémont, réglant de ce fait le conflit qui les opposaient s’agissant de la maîtrise du duché de Lorraine.

 

En 1453, il est veuf. Plus qu’une épouse et une amante dont il était sincèrement épris, René perdait avec le décès d’Isabelle de Lorraine un bras droit précieux. Car c’était elle qui avait négocié sa libération en 1436 des geoles bourguignones, et encore elle qui avait gouvernée la Provence, en tant que lieutenant-général, tandis que son cher mari se faisait mettre une raclée à la guerre. Mais c’est véritablement sa seconde épouse, Jeanne de Laval (noces en 1454), qui va jeter les bases de la légende du « bon » Roi René, en vivant avec lui une passion dévorante pour la culture, les arts, et l’urbanisme.

A ce dernier égard, l’on doit admettre qu’Aix-en-Provence a beaucoup profité de l’intelligence de bâtisseur de son souverain. On lui doit notamment l’agrandissement de la ville du côté du quartier des Prêcheurs, avec comme particularité d’être le premier agrandissement dicté par des considérations d’embellissement de la Ville. Apparaissent alors la « Grande Rue Saint-Jean » (Rue Thiers) et la Place des Prêcheurs, ainsi que des promenades et des lieux de plaisance.

 

Pour autant les Aixois, et plus généralement les Provençaux, n’eurent pas réellement le loisir de profiter de ces politiques culturelles et urbaines bienfaisantes. Leur expérience du Roi René se résumait plutôt à « travailler plus, pour gagner plus… pour payer les dépenses hallucinantes du souverain ». Dépenses de guerre, dépenses d’apparat, création de toujours plus d’offices et de charges pensionnées… à la cour du Roi René, on était autant « bling-bling » que « bagarreurs ». Et comme souvent dans ces cas là, c’est le Peuple qui trinque.

Les historiens ont, du reste, trace des nombreuses escroqueries fiscales de René, toutes ses promesses non-tenues de ne plus jamais augmenter les impôts, ses mensonges permanents aux Etats de Provence… Il est stupéfiant de voir à quel point la légende d’aujourd’hui a complètement occulté les souffrances sociales et physiques des provençaux d’alors. L’Histoire est injuste.

 

 A partir de 1471, lassé sans doute de perdre des guerres et des campagnes, le Roi René s’établit définitivement à Aix et prend sa « retraite géopolitique ». Sa principale préoccupation, en dehors de mener grand-train, devient sa succession. Car si le duc de Bourgogne lorgne toujours sur ses possessions, le Roi de France Louis XI, son puissant allié et neveu, fait de même… et ce dernier ne manque pas de le lui rappeler, parfois de manière assez brutale (comme par exemple, l’annexion pure et simple de l’Anjou et du Barrois en 1476).

N’ayant plus d’héritier mâle en ligne directe (son fils Jean II de Lorraine étant décédé en 1470, et son petit-fils Nicolas de Lorraine en 1473), il ne lui reste plus qu’un petit-fils (René - issu du mariage de sa fille Yolande avec Ferry de Vaudémont), et un neveu (Charles du Maine, fils de son frère Charles d’Anjou). Au premier, René donne le duché de Bar. Au second, il donne le Comté de Provence, en sachant parfaitement que Charles, de santé fragile et de caractère médiocre, ne resterait pas Comte de Provence très longtemps. Le Roi de France aurait alors toute certitude de recevoir la Provence en héritage… ce qui se produisit d’ailleurs en 1481… soit moins d’un an après la mort du Roi René le 10 juillet 1480.

 

Non. Vraiment, il n’y avait pas de quoi faire un mythe de ce Roi cupide et dénué de tout sens politique, dont l’importance sur la scène internationale n’était due qu’à ses héritages prestigieux (qu’il perdit pour la plupart) et qui surtout passa sa vie à ruiner son peuple. Quand on sait qu’en plus, il est le Comte qui organisa l’intégration de la Provence – autonome et puissante depuis le Haut Moyen-Age – au Royaume de France, on se dit que quelques gloires urbanistiques et quelques poèmes pas mal écrits semblent bien minces pour asseoir une légende de « bonté » sur 600 ans !!

Publié dans Histoire du Pays d'Aix

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Dextarian 21/09/2009 16:12

J'aime beaucoup ton article : riche en information. Et j'avoue que je ne connaissais pas du tout cette véritable histoire.