G20, Copenhague... les symboles sont au-moins au rendez-vous

Publié le par Benoit PETIT

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Tandis que le G20 se prépare activement, l’on peut s’interroger sur les répercussions de ce rendez-vous (très important pour la planète) sur le Sommet de Copenhague. Car l’essentiel des acteurs qui ont le pouvoir de résoudre – ou en tout cas atténuer - les crises écologiques et sanitaires, sont membres du club des 20 premières puissances mondiales. Ce sont leurs décisions économiques et financières qui changeront (ou pas) la donne. C’est à eux qu’il appartient de construire une nouvelle dynamique de croissance, la « croissance verte ». C’est à eux encore qu’il appartient de décider de nouveaux indicateurs qui renseigneront le monde sur l’action qualitative de l’économie et du capitalisme. C’est enfin eux qui détiennent le pouvoir de faire reculer les phénomènes de pauvreté (tiers-monde, pauvreté urbaine, précarité rurale…) lesquels plombent la reprise écologique de la croissance (quantitative et qualitative).

Bref, quoi qu’on en pense, le G20 est bien la première étape du processus de Copenhague. Si l’on rate cette première marche, l’on risque fort de rater toutes les suivantes…

 

Clairement, le G20 est avant tout l’expression de symboles. Par les images et les mots qui y sont produits, ce sont essentiellement des déclarations d’intention qui sont diffusées dans l’opinion. Or, face à des crises aussi systémiques que celles que nous connaissons, qui ont une origine avant tout culturelle (voir civilisationnelle), ce type d’interventions publiques n’est pas inutile à la cause. Décaler son action politique par rapport aux images qui ont été massivement transmises vers les gens, c’est prendre le risque de les décevoir, et d’apparaître à leurs yeux comme un inconstant, voir un menteur. Les symboles, obligatoires dans ce genre de rendez-vous international, sont la garantie qu’une action politique plus concrète sera engagée… par exemple à Copenhague.

 

Jusqu’à présent, le G20 s’annonce à la hauteur de son importance symbolique. Déjà par le lieu choisi pour accueillir l’évènement, la ville de Pittsburgh, véritable vitrine de l’économie verte américaine. Si refondation il doit y avoir du capitalisme contemporain, elle prendra donc naissance dans le creuset de l’innovation écologique américaine… c’est sur, ce n’est pas sous l’administration « Bush » qu’un tel symbole aurait été déployé.

 

Ensuite, par les sujets de discussion abordés et les pré-déclarations formulées. Car l’un des dossiers chauds sur la table est celui de l’après-pétrole, ou plutôt de l’anticipation de la fin de l’ère « énergies fossiles ». Nous sommes ici au cœur du processus de refonte du capitalisme, sur un sujet qui pose ensemble les questions de la quantité d’énergie à produire, ainsi que de sa qualité. Fort utilement, il semblerait que la communauté internationale soit prète à stopper les pratiques de subventions publiques accordées à la production d’énergies fossiles. Restera à voir la position des pays comme la Russie, la Chine ou l’Inde. Mais déjà, l’on peut dire aisément que le monde se contentera au minima d’une réduction massive de ces subventions, à défaut d’obtenir leur cessation définitive.

 

L’on parle aussi d’une démarche visant à chiffrer, pour le Sommet de Copenhague, le coût approximatif du changement climatique. Ce travail devrait être assorti de plusieurs propositions engageant les Etats dans leurs politiques économiques et fiscales. Clairement, l’on sent poindre le sujet de la taxe carbone et de la fiscalité verte… même si personne ne se fait véritablement d’illusions sur la progression à espérer de ce dossier. Il n’y a qu’à voir la manière avec laquelle Nicolas Sarkozy s’est embourbé – pour finalement capituler – en France. Quand on sait à quel point le mot « taxe » donne des boutons aux Américains, aux Britanniques, ou encore aux Russes, l’on ne voit pas comment le consensus se réaliserait dans les mois, les semaines à venir.

 

Nous verrons bien si le Traité substitutif à Kyoto s’engagera dans la voie de la fiscalité verte. Jusqu’à présent, c’était davantage l’instauration d’un « marché des droits à polluer » qui était structurante de l’action internationale contre le changement climatique. Mais cette solution ne fonctionne pas. Pire, elle maintien les acteurs dans l’idée que polluer, c’est permi jusqu’à un certain degré, que c’est un privilège, une richesse, un droit que l’on peut monnayer par le jeu de l’offre et de la demande.

Non. Il est temps de changer notre approche. D’établir une vérité écologique et sanitaire des prix. Admettre qu’un produit ou un service engendre forcément, de façon plus ou moins direct, des coûts qui sont supportés par la collectivité, et donc le contribuable. Que pour réduire ces coûts, il est indispensable de les ré-intégrer dans le prix des produits, histoire que ceux qui polluent le plus soit plus chers, et que ceux qui sont les plus sains soient moins chers. Or quel meilleur outil que la fiscalité progressive peut y parvenir ? La fiscalité verte, c’est le moteur d’une consommation verte, et donc d’une économie verte, et donc… d’une croissance verte. Voila la réalité des choses !

 

L’on regrettera néanmoins que le G20, dans sa version préalable actuelle, ne pipe grand mot sur les nouveaux indicateurs qualitatifs de l’économie. Et ce malgré le positionnement engagé de Joseph STIGLITZ (Prix Nobel de l’Economie) sur cette question, de lui et de tant d’autres experts de renommée mondiale. C’est pourtant un sujet au moins aussi essentiel que les précédants, parce que sans une information complète et fiable, qui renseigne sur des problématiques aussi vitales que le niveau des ressources disponibles, la démographie, la santé publique… etc… il est impossible d’orienter la machine économique vers le développement durable des sociétés. L’un ne va pas sans l’autre.

La majorité présidentielle nous expliquera, dans les prochains jours, que le Chef de l’Etat s’est personnellement engagé à promouvoir les nouveaux indicateurs. En effet, il a fait des déclarations publiques en ce sens. Mais depuis quelques jours, Nicolas SARKOZY est étrangement silencieux sur ce sujet, et rien n’est moins sur qu’il sera un ardent défenseur de la cause.

 

Du reste, les Français se demandent surtout si le Président de la République comprend quelque chose à la crise écologique. Car lorsqu’il déclare à la télé, en interview officielle, que « le carbone crée un trou dans la couche d'ozone », l’on rigole tout en prenant peur. Ses fiches ont-elles 20 ans d’âge ?? Le trou dans la couche d’ozone, ce n’est pas le sujet ! C’est le réchauffement climatique.

Non mais sérieusement : que devons-nous penser d’un Chef d’Etat qui s’apprète à négocier la résolution des crises écologiques mondiales, et qui confond à ce point deux phénomènes aussi étrangers l’un par rapport à l’autre ?! Pathétiquement ridicule…

 

Bon. Ne soyons pas totalement désespérés par notre grand Guignol national… heureusement, il n’est pas tout seul à décider, et a priori, en tout cas à l’heure actuelle, le G20 puis Copenhague s’annoncent ensemble pas trop mal. On attend impatiemment le concret, mais on apprécie déjà les symboles… ça nous console (un peu) de notre désespérance sarkozo-gouvernementale.      

 

 

 



Pour le plaisir.... voici ce que l'on peut appeler une "conn..." en état de récidive.

... Et ça, Monsieur SARKOZY, c'est un constat !!



 

 

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