Election des Conseillers territoriaux : une arnarque à la République !!

Publié le par Benoit PETIT


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Il est donc question de supprimer les Conseillers généraux et régionaux en 2014, et de les remplacer par des « Conseillers territoriaux » qui siégeront dans les deux institutions (élégante façon de faire disparaître les Conseils généraux…). Dont acte.


Mais question : comment seront élus ces futurs « Conseillers territoriaux » ? Je me pose d’autant plus la question que le redécoupage « Marleix » de nos circonscriptions est plus que discutable au niveau de son impartialité, et qu’il se murmure ici et là que le mode de scrutin des Conseillers territoriaux pourrait n’être qu’un test en vue d’une prochaine réforme de nos législatives… Autant savoir tout de suite si l’Elysée nous prend, encore une fois, pour des imbéciles.


Si l’on en croit le projet actuel, les choses se dérouleront de la façon suivante : l’élection se déroulera sur un seul dimanche. Fini donc les deux tours de scrutins qui sont la tradition française. 80% des conseillers territoriaux seront élus au scrutin uninominal à un tour (en décodé : le candidat qui arrive en tête du tour unique gagne, quelque soit son score), et 20% seront élus au scrutin à la proportionnelle (en décodé : à partir d’une liste de candidats présentés par les partis, et élus selon les proportions de voix qui se dégagent du scrutin).


L’arnaque est flagrante. Jusqu’à présent, aux premiers tours de nos élections, c’est généralement les candidats UMP qui arrivent en tête. Non pas parce qu’ils sont super-populaires, mais parce que l’UMP s’est construit comme le parti unique de la droite, face à une gauche et un centre qui pratiquent le pluralisme partisan. Donc à moins de contraindre la gauche et le centre à créer un parti unique de l’opposition (pas avant 2112 !), les conseillers territoriaux seront très majoritairement UMP.


Et le « correctif » de la proportionnelle n’y changera rien. 20%, c’est ridicule. Juste des « clopinettes » sensées donner l’illusion d’une représentation plurielle. Sans doute la petite illusion concédée au Nouveau Centre qui, faut-il le rappelé, s’était engagé en 2007 à convaincre le Président d’adopter la proportionnelle… promesse jusqu’à présent piétinée par l’Elysée… et encore aujourd’hui, selon toutes apparences.


Car si Nicolas SARKOZY avait voulu engager la proportionnelle, afin de respecter et de cultiver le pluralisme politique et républicain, il aurait adopté le système allemand d’élection. Quel est-il ?


Les élections se passent à un tour de scrutin. Chaque électeur dispose de deux voix, une première destinée à élire son député de circonscription (mandat dit « direct »), une seconde destinée à élire une liste présentée par les partis politiques. A la fin du dépouillement, l’on retient prioritairement le score proportionnel réalisé. C’est à partir de lui que l’on définit le nombre de sièges attribués aux partis politiques. Ensuite, l’on regarde combien chaque parti dispose de « mandats directs » (sachant que les mandats directs constituent environ 50% des sièges à attribuer). Enfin, on compense le reliquat d’élus en puisant dans les candidats de liste (les mandats dits « de liste »).


Ce système – qui a été envisagé par Léon BLUM en son temps – a le mérite à la fois de respecter la proportionnelle intégrale (et donc la réalité du pluralisme politique), et de satisfaire aux impératifs de proximité qui doivent unir un élu à son territoire. Rien à voir donc avec le projet de Nicolas SARKOZY, puisqu’en Allemagne, tous les partis ont une chance d’avoir des élus, y compris s’ils font le choix de ne pas se dissoudre dans un parti unique, au nom de l’identité de leur pensée politique.


Car il est bien là, le problème. Nous avons un Etat UMP, nous aurons demain des régions UMP, et à moins de constituer un parti unique de l’opposition – et donc d’abdiquer sur le terrain des idées – l’alternance sera hypothétique.

Quand on vous dit que la République est en danger… et encore, je ne vous ai pas raconté le coup des « métropoles »…

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