L'Ecologie politique doit désormais s'assumer comme une doctrine autonome

Publié le par Benoit PETIT


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Combien de fois ais-je entendu que l'écologie ne devait pas être l'affaire d'un seul parti politique, mais la préoccupation de tous les partis ? En théorie, l'affirmation relève du bon sens. Mais en pratique... de la plus populiste des mauvaise foi. Depuis quelques années maintenant que la question du réchauffement climatique est enfin sur la table, que l'opinion a véritablement pris conscience qu'il y avait là une préoccupation mondiale de premier ordre, les partis politiques se sont évidemment adaptés : plus aucun programme ne fait l'impasse sur le thème de l'environnement, les élus se répandent dans tous les médias pour dire que le développement durable est leur priorité, tout le monde promet des éco-quartiers... mais en réalité, l'engagement en faveur de l'écologie reste essentiellement un discours de campagne, et les quelques réalisations concrètes qui peuvent éventuellement poindre ici ou là, sont le plus souvent des "faire-valoirs" complètement déconnectés d'une vision globale et cohérente de développement durable. L'écologie, tout le monde en parle. Mais très peu acceptent de s'y plonger entièrement. La raison est très simple : l'écologie politique, c'est avant tout une culture politique à part entière, qui tranche radicalement avec celles, traditionnelles, qui ont structuré notre paysage politique jusqu'à présent ainsi que la pensée de la grande majorité de nos élus. On peut parfaitement devenir écologiste, mais pour cela, il faut accepter de rompre avec ce que l'on a été depuis toujours.

Plus concrètement, cela veut dire que l'on accepte de repenser entièrement nos modes de production et de redistribution des richesses, nos modes de consommation, notre rapport aux territoires, dans un sens qui préserve impérativement les ressources naturelles, la biodiversité et la santé. Si l'égalité et la justice sociale restent des objectifs importants, tout comme la création de richesses, ce qui change fondamentalement avec l'écologie politique c'est qu'elle place un ensemble de valeurs, d'objectifs et de priorité au-dessus d'eux. En découlent un autre rapport à la Science et la Technique (notamment avec principe de précaution), une autre conception de la responsabilité individuelle et collective (notamment avec le principe pollueur-payeur et le concept de responsabilité sociale et environnementale) ou encore une façon différente d'établir les priorités industrielles et économiques. C'est bien une autre vision de la société qui émerge, par rapport à celle que nous connaissons aujourd'hui et qui a été modelée pendant des décennies par l'alternance des pensées social-démocrates et libérales.

Clairement, peu de partis politiques ont accepté et assumé ces révolutions culturelles. Il suffit de constater les positions des uns et des autres face au principe de précaution, aux OGM, à l'énergie nucléaire, aux nanotechnologies, aux industries de l'automobile, à l'éco-fiscalité... Tout au plus sont-ils prêts à défendre certaines "solutions" proposées par les écologistes - les énergies renouvelables, les transports doux, le développement du bio dans les cantines scolaires... - mais cela s'arrète là. Des petits progrès, aussi nécessaires et bienvenus soient-ils, ne confèrent pas pour autant à leurs auteurs la culture qui fonde l'écologie politique.

Dès lors, il est absolument justifié qu'à côté des partis traditionnels, il existe un (ou plusieurs) parti(s) écologiste(s), et ce même si la préoccupation environnementale se développe et se répand dans nos sociétés contemporaines. Car ce(s) parti(s) ont, outre une identite doctrinale spécifique et autonome, la vocation d'accompagner la prise de conscience collective - qui s'amorce à peine - vers une véritable révolution sociétale pacifique et écologiste.

Il faut sans doute tirer de celà plusieurs constats :

1° - L'incapacité du Mouvement Démocrate à s'engager pleinement dans la révolution culturelle ci-avant exposée, est évidemment la première cause de son échec. Car cherchant à s'ancrer dans un nouvel espace distinct des droites et des gauches traditionnelles, il aurait du se dôter d'une doctrine innovante et spécifique. Or cette démarche ne s'est pas opérée (malgré les efforts et les alertes de Corinne Lepage), le MoDem restant doctrinalement attaché à la social-démocratie et à la démocratie-chrétienne classiques. Ces lacunes et carences substantielles ont purement et simplement plongé le parti dans les méandres de bipolarisation, le laissant se faire broyer par les deux autres grands pôles vis-à-vis desquels il n'a pas su se distinguer ;

2 ° - L'obsession de l'appareil des Verts à tenter de démontrer que l'écologie politique est nécessairement de gauche (voire de gauche anti-capitaliste) est une stratégie qui n'a aucun sens et qui est aussi absolument périlleuse. Car c'est finalement considérer que la doctrine des écologistes n'est qu'une excroissance des doctrines des gauches (donc la négation de son autonomie), et contribue à importer au sein de la famille écolo la fracture doctrinale qui oppose les anti-capitalistes aux sociaux-démocrates. Cette voie là ne permettra jamais à la culture écologiste de se développer. Elle ne peut être que source de plus de division, et de plus d'inféodalisation.

3 °- La stratégie proposée par Daniel COHN-BENDIT il y a quelques semaines - qui consiste à dire qu'en échange d'un soutien dès le premier tour des présidentielle au candidat socialiste, il faut l'assurance d'un groupe parlementaire conséquent au Parlement - est fort intéressante. Car en misant le développement de l'écologie politique sur les législatives, plutôt que sur la présidentielle dont tout le monde sait bien que les écologistes ne la gagneront pas, Dany indique :

a - que les écologistes sont des partenaires à part entière, mais autonomes, des autres forces progressistes et alternatives de ce pays
b - que les écologistes ont avant tout un rôle à jouer dans la production des lois et des politiques, à condition qu'ils soient une force substantielle et non plus anecdotique de la vie parlementaire
c - que les écologistes se donnent le temps qui leur est nécessaire pour organiser, de façon efficace, leur nouvelle structuration qui les mènera vers un développement croissant dans le paysage politique

        
Le destin des écologistes est désormais entre nos mains. A nous de démontrer que nous sommes capables d'exister à partir de notre propre identité, sans oukases entre nous, et avec une véritable envie de produire des idées innovantes. Nous le savons tous : nous n'avons pas 15 ans devant nous pour résoudre toutes les crises environnementales et sanitaires qui nous menaçent. Il est grand temps de siffler la fin de notre récrée, d'assumer nos responsabilités et de démentir la fausse idée que tous les autres partis sont, eux aussi, des écologistes convaincus.

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Benoit PETIT 23/02/2010 11:31


Je ne sais pas quelle décision prendra Corinne LEPAGE si, effectivement, Cap21 décide de quitter le MoDem. C'est une décision personnelle qui lui revient de prendre en
son âme et conscience, et qui n'engagera qu'elle.

Juste, quelques éléments de réflexion que j'ai (sans avoir toutefois de position arrétée sur la question).

- Corinne a certes été présentée sur une liste MoDem, mais le MoDem est le résultat d'une cofondation dont Cap21 est l'une des composantes. Si nous quittons demain le MoDem, cela ne me semble pas
remettre en question la légitimité du mandat de Corinne... Contrairement à ce qu'affirme Jacqueline GOURAULT, Cap21 n'a pas été "acceuillie" par la famille UDF en 2007, et ce n'est pas cette
famille UDF qui a proposé à Cap21 une tête de liste européenne. Toutes les têtes de listes européennes l'ont été au nom d'une association, au sens juridique du terme, et non d'une collaboration. Si
Corinne devait renoncer à son mandat, parce que l'association est rompue, alors tous les autres élus européens devraient faire de même car ils sont l'émanation de cette association, et ont été
porteurs aussi des valeurs de Cap21

- Corinne n'a pas été élue que par des MoDem, mais par un ensemble d'électeurs dont il serait fort hasardeux d'essayer de savoir s'ils sont, ou non, des MoDem engagés ou sympathisants... Du reste,
les 18% de Bayrou en 2007 ne sont pas tous au MoDem, ou n'ont pas tous voté MoDem par la suite (on le saurait), ce qui montre bien que ceux qui ont donné une légitimité au mandat de Corinne ne sont
pas nécessairement les mêmes qui font vivre le MoDem...

- Corinne est, comme tous les autres élus européens, engagée dans le groupe ALDE et participe, avec les autres euro-députés français de l'ALDE, à la vie et au débat de la cette délégation
française. Elle ne s'est pas désinscrite pour aller s'inscrire ailleurs, comme chez le groupe des Verts européens. Et si Cap21 devait quitter le MoDem, rien n'indique qu'elle changerait de groupe.
C'est, me semble-t-il, la position qu'avait tenue Jean-Luc Bennahmias sur son précédant mandat, qui était resté inscrit dans le groupe des Verts malgré son passage au MoDem en 2007... il y a là une
cohérence qui me semble essentielle vis-à-vis des engagements pris devant les électeurs

- Enfin (et surtout !!!), Corinne est 1ère Vice-Présidente de la Commission Environnement du Parlement européen, et à ce titre, elle fait un travail de fond qui est salué par tous, en France et en
Europe, quel que soit les options partisanes. J'ai tendance à croire que le travail qu'elle fait la-bas est plus important que les considérations partisanes, notamment dans la période dans laquelle
nous vivons en ce moment, et par rapport aux difficultés de l'Europe de s'affirmer en matière environnementale sur la scène mondiale... Je crois qu'il faut garder à l'esprit l'intérêt général.

Pour toutes ces raisons, personnellement, je ne serais absolument pas géné si, Cap21 quittant le MoDem, Corinne décidait de maintenir son mandat.

J'ajouterais juste que depuis que nous avons confondés le MoDem, Cap21 n'a eu de cesse de s'impliquer dans ce parti avec sincérité et engagement. Nous avons proposé du fond, mais nous n'avons pas
été entendus. Nous avons alerté les instances nationales sur des problèmes stratégiques évidents, nous n'avons pas été entendus. Nous avons proposé des réformes de gouvernance qui semblaient
répondre aux aspirations de la base, nous n'avons pas été entendus... comme nombre d'autres militants du reste, non nécessairement Cap21.
Ce qui se passe aujourd'hui n'est pas seulement le départ possible de Cap21... c'est la dislocation d'un mouvement dont une partie très substantielle ne se retrouve plus dans ce que son leader
propose et fait.

Moi, en tout cas, comme mes amis de Cap21 et d'autres, je continues à croire en l'idée fondatrice du MoDem. Je m'interroge seulement sur la capacité du MoDem actuel à incarner encore cette idée
fondatrice. Et si tel ne devait plus être le cas, nous nous battrons pour que cette idée fondatrice existe, ailleurs qu'au MoDem.


PICAZO 22/02/2010 17:01


D'après ces commentaires, je m'aperçois que Cap 21 prépare déjà les législatives avec Europe Ecologie. Je parie qu'après les Régionales, Madame LEPAGE rejoindra , avec son petit monde Europe
Ecologie. Elle a raison, c'est un mouvement qui est en pleine croissance, contrairement au MODEM. J'espère que si cela devait arriver, elle aurait l'honnêteté de démissionner de son poste de Député
Européen pour le laisser à un vrai militant du MODEM.
Dans la Provence de vendredi, BENHAMIAS dit qu'elle est déjà partie.


Gilbert SOULET 18/02/2010 07:33


Salut Benoît,

Je reviens sur ta conclusion de vouloir siffler la fin de la récrée; Pour rire un peu tout en étant sérieux à la fois, dès que j'entenfs "siffler", je pense au train; Et, comme dans une très veille
chanson: "j'entendrai siffler le train toute ma vie!"
La meilleure écologie vis à vis de l'A51 que nous connaissons, c'est le TER; Mais à condition de mettre le paquet sur l'infra entre Marseille et AIX afin d'offrir un vrai métro aérien aux heures de
pointes, par une double voie électrifiée.
C'était le soucis des années 75-80 de toutes les organisations syndicales de cheminots; Cette section de ligne fermée pendant deux ans jusqu'à Pertuis n'a doublé que 12km sur les 36 Aix-Marseille;
Cherchez l'erreur pour faire l'heure à une cadence respectable...; C'est mon soucis écologique depuis des années.

Très amicalement,
Gilbert de Pertuis en Luberon
Cadre Honoraire SNCF-CGT