La croissance verte passe d'abord par les PME-PMI

Publié le par Benoit PETIT


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La croissance verte, tout le monde en parle. Mais dans les faits, force est de constater (à regrets) que les choses mettent beaucoup de temps à se mettre en place, malgré les objectifs du Grenelle. La faute à la crise ? La belle excuse. La France devrait justement se saisir de l'opportunité que lui offre cette période difficile pour l'économie pour engager les réformes structurelles qui sont indispensables. Si l'env-économie française est aujourd'hui à l'état embryonnaire, c'est essentiellement le fait du politique qui met plus d'énergie à rebatir une économie proche de ce qu'elle était avant la récession, qu'à innover profondément pour initier une croissance verte durable.

L'une des erreurs les plus fondamentales, selon moi, est que le Gouvernement concentre l'essentiel de sa politique sur la relance des grands groupes industriels, accordant de facto très peu d'intérêt à l'adaptation des PME-PMI aux objectifs du développement soutenable. Ce sont pourtant elles qui sont au coeur du défi de la croissance verte, à la fois en raison de leur importance numéraire massive (97% des entreprises françaises), et parce qu'elles sont profondément ancrées dans nos territoires ; elles tissent dès lors un lien de proximité unique entre l'économie et les gens, offrant ainsi des leviers d'action privilégiés sur les comportements de consommation, sur les circuits de transport des produits et, plus généralement, sur l'empreinte écologique et sociale des territoires où elles sont implantées.

Mais à la différence d'un grand groupe industriel qui dispose des moyens suffisants pour initier, en interne, des politiques de développement durable et de responsabilité sociale, la PME-PMI est souvent très limitée d'un point de vue financier pour engager de telles initiatives. Si la plupart d'entre elles aimeraient bien se lancer dans cette dynamique de croissance verte - et particulièrement parce que cela leur permettrait de consolider leur ancrage au sein de leur territoire - il faut prendre conscience que le développement soutenable est, à leurs yeux, un luxe qu'elles ne peuvent pas toujours se permettre... surtout dans la période actuelle où il est si difficile pour elles d'obtenir ne serait-ce que des petits crédits pour survivre normalement à la crise. Si les pouvoirs publics ne les aident pas, et de façon substantielle (moyens financiers et structurels), alors nos PME-PMI louperont le train de la croissance verte... contre leur volonté, par effet de contrainte liée à leur nature.

Cela conduit à proposer une première série de mesures : la mise en place de projets de développement durable doit être, pour les PME-PMI, externalisée et assumée par les collectivités locales et les établissements publics spécialisés. Plutôt que de renoncer à son projet parce qu'il ne peut (par manque de moyens) embaucher un spécialiste "DD", le patron de PME-PMI devrait pouvoir s'adresser à son Conseil régional, à son réseau Chambres de commerce/ Chambre des métiers, à ses unions patronales, à sa commune et communautés de communes, etc... pour obtenir toute une gamme de services qui lui seront utiles, de l'aide à la conception du projet jusqu'à sa mise en oeuvre dans l'entreprise et le suivi-évaluation. Sans aller jusqu'à dire que ce type de schéma n'existe pas (ce n'est pas vrai, selon les endroits où l'on se trouve), il faut néanmoins constater que ce "tissu d'accompagnement" est très insuffisant, à la fois en termes structurels, en termes de moyens humains et logistiques, mais aussi (et surtout) en termes de moyens financiers. Ajoutez à cette problématique la réduction drastiques des budgets des collectivités locales (imposée par l'Etat), et vous obtiendrez toute l'ampleur des carences qu'il faut absolument combler.

Dans le même esprit, il est essentiel de "récompenser" les PME-PMI qui font l'effort de s'engager dans une démarche de développement durable. Par une fiscalité incitative, par l'attribution de subventions, par le bénéfice de crédits adaptés, par une baisse des charges, par un accès privilégié aux marchés publics... les solutions ne manquent pas. L'on pourrait ainsi déployer ce type de mesures chaque fois qu'une PME s'engage dans une démarche de certification ISO, ou une démarche de labélisation qualitative, ce qui impose qu'au préalable l'Etat rationnalise et perfectionne ces certifications et labels.

Mais allons plus loin dans le raisonnement. Si une PME-PMI présente des gages de responsabilité sociale et environnementale, elle devient intéressante pour les "investisseurs éthiques", c'est-à-dire les investisseurs qui veulent placer leurs capitaux dans un projet économique durable à la fois en terme de durée d'investissement et de qualité humaine et écologique. Il est donc impératif qu'au préalable, l'Etat travaille à développer le tissu de ces "investisseurs éthiques"... ce qui n'est, hélas, absolument pas le cas aujourd'hui. L' "ISR" - investissement socialement responsable - reste un phénomène relativement marginal dans le monde de la finance, alors que paradoxalement, elle est à l'évidence la première des réponses structurelles à apporter à la crise actuelle (laquelle, faut-il le rappeler, est essentiellement le fait de la finance "non-éthique" classique). Clairement, les pouvoirs publics doivent travailler avec les acteurs de l'économie sociale - notamment les mutuelles et les banques coopératives, mais aussi les fondations - pour concevoir et mettre en place un nouveau modèle de finance, capable d'apporter aux PME-PMI les capitaux nouveaux dont elles ont besoin pour engager leur révolution verte.

Enfin il faut prendre conscience qu'un patron de PME-PMI, s'il dispose des moyens suffisants pour créer un emploi, investira prioritairement dans un emploi de productivité plutôt que dans un emploi fonctionnel. Il faut donc aider les PME-PMI à transformer leurs objectifs et leurs moyens de production vers une "production verte" (des nouveaux procédés, des machines nouvelles...). Cela exige d'une part que l'on soit capable de proposer des solutions nouvelles, d'autre part que l'on forme les salariés et futurs salariés à l'utilisation de ces techniques innovantes. Les Conseils régionaux sont ici en première ligne, mais pas seulement. Les universités aussi. La croissance verte ne sera possible que pour autant que l'on s'appuie sur la Recherche et l'Apprentissage (au sens large), à la fois en les dôtant de moyens substantiels pour proposer des solutions nouvelles, mais aussi en renforçant leurs liens de proximité avec le monde de l'entreprise. J'entend bien que la réforme "Pecresse" s'inscrit, dans les intentions, dans ces voies. Mais concrètement, les mots ont du mal à trouver les actes...

On le voit bien, la croissance verte ne peut pas se contenter de quelques vagues déclarations d'intention ou de quelques petites mesurettes médiatisées. Elle requiert un investissement public massif, sur tout un tas de paramètres, et dont les principaux bénéficiaires doivent être les PME-PMI. Objectivement, c'est loin d'être la caractéristique première de la politique de relance gouvernementale. Bien au contraire.

C'est bien de faire des Grenelles. C'est bien aussi de parler développement durable dans tous les programmes de campagne, et notamment à l'occasion des régionales. Mais c'est mieux d'agir. Et pour agir, il faut accepter au préalable de changer radicalement notre culture économique. Hélas, quand j'écoute et quand je vois ce que les uns et les autres, à droite comme à gauche, proposent et font sur ces enjeux, je me dis qu'il reste encore énormément de travail à accomplir ; que l'on est très loin du compte, alors que les menaces écologiques et sanitaires ne cessent de prendre de l'ampleur... Mais il ne faut pas désespérer pour autant. Car certains, malgré leurs partis (quels qu'ils soient), commencent enfin à comprendre et a réagir. Surtout, si le politique met du temps à bouger, l'économie, elle, évolue plus rapidement. Il suffit de voir ce qui se passe depuis 15 ans au sein de l'Economie sociale et de l'Economie verte... la dynamique de révolution est en marche... elle a juste besoin que le politique lui file un sacré coup de pouce pour qu'elle prenne toute sa dimension.

Clairement, c'est un des enjeux les plus importants de ces régionales... aux électeurs de ne pas se tromper de bulletin dans l'urne. Soyez attentifs à ce qui se dit dans cette campagne, sur le fond, au niveau des analyses et sur les propositions... surtout, surtout, ne vous laissez pas bernés ni par des étiquettes, ni par les discours en apparence bien verts.






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