La droite républicaine et modérée... dans les choux !

Publié le par Benoit PETIT

Plus le temps passe, et plus la majorité présidentielle dévoile sa dimension franchement anti-républicaine. On a eu droit (et toujours aujourd’hui) à l’instrumentalisation politique de la Justice en vue de démanteler son indépendance. On a eu droit aussi aux généreux cadeaux fiscaux et autres avantages qui ont été concédés aux grandes fortunes de ce pays tandis que la moitié du pays se bat pour bouffer. Sans parler des « EDVIGE » et autres « HADOPI » qui ont pour seule ambition que de mieux nous fliquer au quotidien ; de la « laïcité positive » destinée à réintroduire dans le jeu politique les phénomènes religieux ; du soutien objectif de la droite à la grande distribution, contre les intérêts vitaux de nos producteurs, de nos agriculteurs et de nos pêcheurs ; des bonus des tradeurs qui perdurent dans l’outrage ; des gars de Gandrange qui n’en peuvent plus des mensonges et des humiliations infligés par l’exécutif ; de cette fichue capitalisation de la Poste qui ne présage rien de bon pour les territoires ; de la présomption d’innoncence qui est systématiquement baffouée par le Président dans les médias ; des propos inacceptables du Ministre de l’Intérieur ; des actes encore moins acceptables du Ministre de l’Immigration ; du tripatouillage à peine voilé de la carte électorale… Et que dire de l’affaire « Jean SARKOZY », fils de son Président de père, qui, du haut de ses 20 et quelques années, et fort du soutien de ses mentors (les Balkany), compte s’installer à la présidence de l’EPAD avec tout l’appui de l’Elysée ?

 

Nicolas SARKOZY nous avait promis la « rupture » ? Et bien il n’a pas menti… Nous vivons actuellement une rupture sans précédant avec la tradition républicaine française, laquelle était fondée sur la séparation des pouvoirs et la solidarité nationale. Partout autour de nous, quel que soit le milieu socio-professionnel visé, nous assistons au délitement des liens qui unissaient les Français aux autres. L’objectif politique du sarkozisme n’a rien à voir avec l’exercice démocratique et équitable du pouvoir : il a tout à voir avec la restauration du pouvoir absolu d’un homme, d’un clan, d’une doctrine néo-conservatrice qui considère que les valeurs sociétales fondamentales sont l’individualisme, l’élitocratie, et une pseudo-morale unique qui laisse finalement peu de libertés aux gens… ces mêmes gens que l’on tente, par tous moyens (grippe A, peur des récidivistes, bandes des cités…) de maintenir dans un sentiment permanent de fausse insécurité parce que les angoisses rendent les gens plus « dociles ».

 

Rien de ceci n’est une surprise, en tout cas pour ceux qui ont fait campagne contre Nicolas SARKOZY en 2007. Mais quid de ceux qui y ont cru ? Quid de tous ces électeurs qui ont sincèrement pensé que la « droite nouvelle », décomplexée et assumée, allait répondre à leurs espérances les plus élémentaires ? Je ne parle pas des grands capitaines d’industrie ou des ultra-libéraux, mais de toutes ces personnes qui constituent la droite modérée, chrétienne-démocrate ou gaulliste, en tout cas absolument pas villiériste ou hortefeu-yenne… tous ces patrons de PME-PMI, tous ces agriculteurs, toutes ces familles des classes moyennes, bref, cette droite républicaine qui considérait, comme fut un temps, que l’on pouvait parfaitement concilier l’économie de marché avec le progrès social, que l’intérêt général était supérieur aux intérêts capitalistes, que le pluralisme politique était une valeur essentielle du Pacte républicain… Mais ou donc est passée cette droite-là, si ce n’est dans les oubliettes de l’Elysée ?

 

Finalement, la première des ruptures sarkoziennes, c’est la rupture au sein de la droite elle-même : DE GAULLE, CHABAN-DELMAS, LECANUET, BARRE, VEIL, SEGUIN… plus rien (ou si peu) ne subsiste de leurs pensées. Aujourd’hui, la parole de la droite c’est Frédéric LEFEBVRE, Xavier BERTRAND, Christian ESTROSI et autres Nadine MORANO (quand ce n’est pas Christian VANNESTE !!). Bonjour la régression. Merci la rupture !

 

Sans doute que cette droite modérée s’est laissée abusée par un style, celui du jeune manager déterminé et actif qui passe si bien dans les médias. Par un message aussi, celui d’une révolution générationnelle qui pousse les « vieux barons » à la retraite et qui installe des têtes neuves à leur place. Mais est-ce suffisant pour excuser l’abandon de sa propre identité ?

 

Je veux dire par là que la droite modérée, même abusée par l’image travaillée du candidat SARKOZY, n’avait pas le droit de laisser tomber le débat d’idées, encore moins de cesser de faire fructifier l’héritage idéologique varié qu’elle a reçu de ses aînés. L’instauration de la Sécurité sociale aux lendemains de la guerre, l’intéressement et la participation sociale, la construction européenne, l’indépendance militaire, la création des Lois de Financement de la Sécurité sociale, la majorité à 18 ans, la loi sur l’IVG… tout cela (et d’autres choses), ce sont des combats, des engagements collectifs qui ont fait progresser la société. Par égards à ceux qui ont porté, parfois jusque dans leur chair, ces valeurs et ces réalisations, la droite modérée a un devoir d’en préserver l’intégrité et l’esprit, notamment dans ses actions d’aujourd’hui.

 

Faut-il que la situation soit grave pour que les chrétiens-démocrates, les radicaux valoisiens, les gaulistes de gauche et les socio-libéraux acceptent de se présenter sur des listes communes avec les villiéristes, les ultra-conservateurs, les liberaux-libertariens, les réacs et autres droites souveraino-néo-nationalistes. Oh. La droite modérée à certes préservé ses intérêts électoralistes, tous ces petits strapentins parlementaires et municipaux qui donnent l’impression qu’on est importants alors qu’en réalité, plus personne ne nous écoute ni ne nous considère. Mais cela ne change rien à la vérité : la droite modérée est, depuis la création de l’UMP et encore plus depuis l’élection de Nicolas SARKOZY, plongée dans un coma profond, incapable de réagir contre la moindre des atteintes à ses valeurs, péniblement maintenue en vie par quelques maigres perfusions électoralistes, mais en tout état de cause condamnée à être complice de sa propre négation jusqu’en 2012 et au-delà.

 

La droite républicaine modérée, telle que nous la connaissions jusque dans les années 1990, est belle est bien morte. Et ce ne sont ni Dominique de VILLEPIN, ni Jean-François COPE, ni Jean-Louis BORLOO qui la réssuciteront, ayant si activement participé à son agonie fatale. Il faut que les Français comprennent bien – et en premier lieu les électeurs traditionnels de la droite modérée – que l’élection de Nicolas SARKOZY nous a fait reculer plus de 100 ans en arrière, à l’époque où la droite était hostile à la République et à la cohésion sociale égalitaire, et où elle pronait un régime autoritaire, centralisé et monarchisé. Remplacez les hauts-de-forme et les calèches par des costumes-cravates et des C5, et vous verrez à quel point l’Histoire se répète…   

  

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