Benoit PETIT, 32 ans - Aix

 

 

Me connaitre

Jeudi 25 février 2010 4 25 /02 /Fév /2010 09:41



L'actualité de la blogosphère "MoDem" me pousse à revenir sur le phénomène du "Chevalier orange". Pour celles et ceux qui n'ont pas suivi le roman feuilleton, je vous la fait courte : un candidat sur la liste MoDem Ile-de-France, M. Jacky MAJDA, a décidé de porter plainte contre le bloggeur impertinent, sous prétexte qu'il s'est senti diffamé dans les colonnes du Chevalier. Dont acte : aux instances judiciaires de se prononcer désormais sur les faits de la plainte. Mais d'une manière générale, cette contre-offensive tend à me donner raison sur les analyses que j'ai livré ici, il y a quelques jours à peine, notamment sur l'intégrisme de l'engagement de certains militants, et sur l'incapacité de notre époque à supporter la moindre démarche pamphlétaire.

Que les choses soient très claires. Le fait que je défende le Chevalier orange ne veut pas dire (loin s'en faut) que je souscris à toutes ses analyses. Par exemple, je ne suis absolument pas d'accord avec ce qu'il écrit sur Corinne LEPAGE, et encore moins sur ce qu'il a pu écrire sur François-Xavier de PERETTI ou Jean-Luc BENNAHMIAS. Mon sentiment sur ces personnes est non-seulement fondé sur l'amitié que je leur porte, mais aussi sur ce que j'ai pu constater de mes yeux, sur leur manière de travailler, sur leurs idées, sur leurs engagements et, bien évidement, sur leurs actes dont j'ai été le premier des témoins. Mais le fait que je ne sois pas d'accord avec le Chevalier lorsqu'il brocarde mes proches, me donne-t-il pour autant le droit de chercher à le faire taire par voie judiciaire ? Est-ce une raison suffisante pour invalider par principe tout le reste de ce que le Chevalier écrit, et notamment ses critiques contre le mode de gouvernance et la stratégie politique du MoDem ?

Le Chevalier orange est un pamphlétaire qui, sous le prisme d'un humour grinçant, parfois noir, souvent cynique, quelques fois caricatural, livre son approche personnelle des sujets qu'il traite. Au-delà de cet humour (que l'on peut ne pas partager, tous les goûts étant dans la nature), il pose plusieurs questions : la première "peut-on rire du MoDem et de ceux qui, publiquement, le représentent ?" ; la seconde "peut-on critiquer les modes de fonctionnement du MoDem et de ceux qui, publiquement, le représentent ?". Deux problématiques qui sont, à mon avis, centrales pour un parti qui se dit "démocrate".

Alors j'entend bien les arguments de ceux qui sont directement brocardés. Le fait de rire et de critiquer ne justifie pas que l'on attaque personnellement la dignité et l'honneur des gens. Mouais, la bonne excuse. D'abord, j'ai beau lire et relire les posts du Chevalier, je ne trouve pas que la dignité et l'honneur des personnes soient atteintes à un degré répréhensible par la loi, et insupportable au regard de la morale. Que cela ne fasse pas plaisir, c'est un fait. Mais il faut savoir raison garder, et ne pas agiter le spectre de la diffamation à tout va.
Ensuite, j'ai tendance à penser que lorsque l'on a une activité publique, et notamment une activité militante politique - c'est-à-dire lorsque l'on développe une image médiatique en vue de convaincre une personne de nous accorder sa confiance par rapport à ce qu'il a de plus précieux en qualité de citoyen (son vote) - on a un devoir d'accepter un degré de critique plus important que le citoyen lambda. Outre le fait que c'est une qualité d'abnégation républicaine rare et appréciable, c'est surtout la juste compensation du jeu politique : si l'on entend faire intrusion dans la vie citoyenne des gens, il faut accepter en contrepartie que ces citoyens aient le droit de vous rejeter s'ils en ont envie, y compris si ce rejet peut paraître excessif. Le politique a le droit de se défendre, en expliquant pourquoi il n'est pas d'accord. Mais il n'a pas le droit de chercher à faire taire, par voie judiciaire qui plus est, le citoyen qui le brocarde !

Selon moi, en politique, la sanction de la diffamation se justifie uniquement dans des cas extrêmes. Par exemple lorsque l'on véhicule l'idée fausse qu'un politique appartient à un courant de pensée dont la nature présente un risque pour la démocratie (nazisme, fascisme, intégrisme religieux etc...), ou lorsqu'on l'accuse de faits dont la nature délictuelle ou criminelle le disqualifie a priori dans sa capacité à assumer un mandat publique (accusations de détournements de fonds, accusations de crime sexuel, accusations de manipulation électorale...). Je ne veux pas réduire les cas de diffamation légitime à ces deux catégories, mais juste mettre en évidence le fait que ces cas doivent présenter un caractère de gravité particulièrement odieux.

Rien de tout cela n'est décelable dans les écrits du Chevalier. RIEN !! Pas même le fait de dire qu'une personne agit comme un "chihuahua cocaïnomane"... c'est une image, une métaphore, un trait d'humour que Pierre DESPROGES avait en son temps employée (cf. video ci dessous) et qui reste l'une des expressions impertinentes les plus drôles de notre époque. Alors, posons la question : Pierre DESPROGES (qui en a dit des bien pires) était-il un affreux diffamateur qu'il fallait clouer au pilori de la morale ? En quoi est-ce différent avec le Chevalier, même si le talent de ce dernier n'atteint évidement pas le dixième du génie de DESPROGES (lui-même en conviendra aisément) ?

Non vraiment, nous vivons une époque misérable. Où l'on attaque en justice pour des clopinettes, uniquement parce que l'égo est effleuré. Où les humoristes sont menacés de censure, parce qu'ils jouent de la carte de l'impertinence (cf. Patrick TIMSIT sur son sketch, à l'époque, sur les handicapés ; cf. Stéphane GUILLON pour quelques uns de ses portraits au vitriol ; cf. les Guignols de l'Info pour l'ensemble de leur oeuvre...). Où la liberté d'expression n'est concevable que dans le respect du médiatiquement correct !!

Je vais vous dire, je trouve que la plainte de M. MAJDA est pathétique et je pense même qu'elle est contraire aux valeurs que devrait incarner, plus que tous les autres partis, le Mouvement Démocrate. Il y a dans ce pays un vrai problème de liberté d'expression, et plutôt que de défendre cette dernière, notamment dans une polémique dont il est la cible (ça aurait témoigné d'une certaine "classe" qui aurait renforcé sa crédibilité politique) , M. MAJDA a fait passer, me semble-t-il, son égo avant l'intérêt général.

Maintenant, M. MAJDA a le droit de porter plainte. Il le fait, dont acte. Il a également le droit de vouloir se présenter aux élections législatives de 2012 à Paris, et de monter toute une stratégie médiatique dans cette optique, y compris si cette stratégie se fonde sur une croisade contre tous les contestataires du MoDem (pour information, il cible également Corinne LEPAGE). Chacun appréciera sa démarche comme il l'entend. Mais en ce qui me concerne, j'ai acquis la conviction que ce monsieur n'est pas prêt à exercer un mandat public, ni à représenter les valeurs démocratiques pour lesquelles je me suis engagé au MoDem. Il faut savoir s'oublier pour s'occuper de la chose publique...



Par Benoit PETIT - Publié dans : Archives
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