Un Etat en Provence (J-L Bonnaud, 2007) : ouverture d'un voyage au coeur de la Provence du XIVe s.

Publié le par Benoit PETIT

 

Véritable carrefour des cultures catalane, italienne et française, le Comté de Provence a connu un destin hors du commun dans l'Histoire. Indépendante jusqu'à la fin du XVe siècle (et toujours relativement autonome après la fusion du Comté avec le Royaume de France en 1482), elle doit son maintien pendant plusieurs siècles au premier rang des Royaumes et Principautés d'Europe au caractère remarquable de son Etat. Ou plutôt de l'organisation de son Etat : l'intelligence de ses structures locales, la répartition équilibrée des charges comtales, l'efficacité de son corps de fonctionnaires... mais aussi la façon dont elle place le Droit en son coeur ; dont elle façonne l'ascension sociale ; dont elle contribue à créer une identité propre aux Provençaux du Moyen-Âge.

 

 

Dans son étude "Un Etat en Provence. Les officiers locaux du Comte de Provence au XIVe siècle (1309-1382)" {Editions PUR, collection Histoire, 2007} Jean-Luc BONNAUD nous invite à un voyage passionnant au plus près de cet Etat de Provence. Adaptation d'une thèse de doctorat, cet ouvrage se propose d'étudier l'appareil administratif provençal sous les règnes du Roi Robert Ier "le Sage" (1309-1343) et de la Reine Jeanne (1343-1382) [1ère maison d'Anjou-Provence, Royaume de Naples et Comté de Provence], particulièrement sous le prisme des fonctionnaires intermédiaires (viguiers, baile, juges et clavaires). Leur carrières, leurs origines, leurs éducations...

 

 

La période étudiée est intéressante à plusieurs égards. Tout d'abord, parce qu'elle correspond à la fin d'une "ère politique" (le passage de la 1ère à la 2nde Maison d'Anjou-Provence) : 'il est instructif de comprendre comment l'Etat de Provence a pu préserver sa cohésion sociale malgré les remous engendrés. Ensuite parce que si le règne de la Reine Jeanne a été marqué par le conflit, celui du Roi Robert Ier a été beaucoup plus serein : le contraste entre ces deux climats sociaux est naturellement un paramètre particulièrement intéressant à étudier.

Enfin, pour les amateurs d'Histoire d'Aix, le XIVème siècle est celui des premières grandes transformations urbaines de notre Ville, avec la construction de l'Archevêché (1338), l'agrandissement d'Aix sur le sud-est (1350 - quartier Ste Madeleine) et sur l'ouest (1368 - quartier des Cordeliers et des thermes), la réunion de la Ville comtale {sud} et de le Bourg Saint-Sauveur {nord} (1357), la fin de la Ville des Tours (fin XIVe)... Or l'étude de Jean-Luc BONNAUD permet justement d'éclairer cette croissance urbaine à l'aune du développement de l'Etat dont Aix est la capitale. 

 

Comme le note Jean-Luc BONNAUD, il s'agit surtout de la période où la société Provençale se défait de son organisation féodale traditionnelle, pour entrer (plus précocément que les autres Etats européens) dans l'ère de la stabilisation et la diversification administrative et juridique. C'est évidemment une étape importante dans le développement d'une société, qui a inévitablement permis à la Provence du XVe siècle de rentrer, dans les premières, dans la Renaissance.

 

 

Car c'est bien de cela dont il s'agit, dans "Un Etat en Provence" : d'une renaissance sociétale, au moins aussi intense que celle engagée, 4 siècles plus tot, par le Comte Guillaume Ier de Provence.

 

 

Pour ceux qui s'intéressent à ces dynamiques historiques, ou tout simplement qui sont curieux de ce qu'était la Provence du XIVe siècle, ce blog publiera régulièrement des commentaires de lecture de l'étude de Jean-Luc BONNAUD. En espérant que cela incitera davantage de Provençaux et d'Aixois à se saisir de leur Histoire qu'ils connaissent (hélas) trop peu.

 

 

Prochain billet en perspective : l'organisation administrative de la Provence au XIVème siècle... A suivre

Publié dans Histoire du Pays d'Aix

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